Alcoolisme et troubles de la personnalité

L’étude des relations entre personnalité et alcoolisme est passée de la recherche d’une personnalité “spécifique” de l’alcoolique, dans une perspect ive psychodynamique, à une évaluation plus épidémiologique, formulée en termes de comorbidité et d’évaluation des troubles de la personnalité associés à l’alcoolodépendance .

Alcoolisme et troubles de la personnalité
Alcoolisme et troubles de la personnalité

L’existence d’une “personnalité préalcoolique” ne peut pas être retenue, mais certains travaux insistent sur l’existence chez l’enfant d’un déficit neuropsychologique, nommé “syndrome d’hyperactivité” avec troubles déficitaires de l’attention, ou de traits de caractère chez le jeune, tels la recherche de sensations, l’impulsivité ou la dépressivité, considérés comme étant des facteurs prédictifs de l’évolution vers la dépendance.

D’autres relèvent l’existence d’un mode de pensée particulier centré sur le concret, avec difficulté de représentation mentale des émotions (mode de
pensée nommé alexithymie).

Les troubles de la personnalité les plus fréquents sont la personnalité psychopathique ou antisociale, la personnalité limite et la personnalité hystérique.

Les formes d’alcoolisme associées à la psychopathie se caractérisent principalement par leur âge de début plus précoce, leur plus grande sévérité et la présence de troubles du comportement , notamment vols , fugues , multiples manifestations d’hétéro-agressivité.

Ces conduites, sporadiques et paroxystiques , impliquent l’absorption massive d’alcools forts , isolément ou en association à certaines drogues.

Le parcours de ces patients se fait vers la déviance et la marginalisation. La personnalité limite s’exprime aussi par des alcoolisations impulsives, massives, fréquemment associées à des troubles du comportement alimentaire (boulimie), des tentatives de suicide ainsi qu’à d’autres comportements impulsifs.

La personnalité hystérique, notamment dans sa forme “passive-dépendante”, est aussi fréquemment exposée aux conduites d’alcoolisation, souvent associées à des conduites toxicophiles de tous ordres.

 

Une place doit être faite aux modifications de la personnalité liées à l’évolution de la dépendance.

L’alcoolodépendant, après plusieurs années d’évolution, présente une organisation psychopathologique spécifique décrite par Fouquet, l’apsychognosie, qui se traduit par une inconscience de l’état morbide avec perte de la capacité de se voir, de se juger, de se jauger par rapport aux autres et à soi, un défaut de maîtrise émotionnelle, entraînant des perturbations caractérielles et relationnelles, et un maintien des apparences dans la routine professionnelle.

Cet état est progressivement réversible après le sevrage, mais il nuit grandement à la prise de conscience nécessaire à la démarche thérapeutique.

Les attitudes de régression affective et la méconnaissance des conséquences de l’alcoolisation s’associent aux troubles cognitifs, qui passent longtemps inaperçus.

Le repérage de ces troubles de la personnalité associés aux conduites d’alcoolisation a des implications thérapeutiques : la compliance est souvent médiocre, les chimiothérapies doivent être utilisées avec prudence et vigilance en raison du risque de l’établissement de dépendances, et l’orientation psychothérapique doit être recherchée.

De plus, la fréquence et la gravité du retentissement familial et professionnel des troubles demandent une approche psychosociale au sens large.

En conclusion , il est admis que le traitement de l’alcoolisme, qu’ il s’associe ou non à des troubles mentaux, peut impliquer le recours successif ou simultané à des praticiens de disciplines diverses.

L’existence d’une comorbidité psychiatrique doit être prise en compte pour établir un projet global de soins, notamment en ce qui concerne la place et les modalités d’un sevrage.

Elle impose une prise en charge intégrée et simultanée des pathologies psych iatriques et addictives.

L’ intervention du psychiatre sera plus particulièrement indiquée en fonction de la gravité des troubles associés, qu ’ ils soient dépressifs, anxieux, psychotiques ou de la personnalité.

Pour conclure, nous souhaitons recommander à tous les praticiens la recherche systématique de troubles psychopathologiques chez les sujets présentant des mésusages d’alcool, et la recherche systématique de mésusages d’alcool chez les sujets présentant des troubles de la conduite, de la personnalité ou des troubles psychiatriques.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? des questions ? Alors n’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous :

 

1 réponse sur “Alcoolisme et troubles de la personnalité”

  1. L’alcoolisme rentre effectivement dans la catégorie des maladies mentales, mais c’est une maladie tellement complexe qu’elle touche à tout ce qui fait notre vie: notre mental, notre santé physique, notre vie sociale, notre vie familiale…L’alcoolisme détruit tout sur son passage….

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