Baclofène : le point de vue de l’addictologue William Lowenstein (France2)

Le 7 février 2018 sur France 2, une soirée était consacrée à l’alcoolisme. Le téléfilm La Soif de Vivre était suivi d’un débat : Alcool, un tabou français ?

Sur le plateau William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions donnait son point de vue sur le Baclofène. Voici le résumé de son intervention.

Le présentateur Julian Bugier entame le sujet :  » Je voudrais que l’on s’intéresse à ce remède qui existe, car il y en un qui fait débat, il s’appelle le Baclofène, c’est un relaxant musculaire qui a des effets sur le phénomène d’addiction. Certains le présentent comme la pilule miracle, c’est ce que vous diriez Docteur Lowenstein ?« 

Docteur Lowenstein : « C’est une révolution thérapeutique et une vraie aide aussi bien dans l’approche que dans les résultats pour les personnes alcoolodépendantes.

Hélas comme en médecine, on n’a pas 100% ou 90% de résultats avec la plupart des traitements, mais quand lors d’une maladie aussi sévère, aussi mortelle que l’alcoolodépendance, on a l’apport d’une molécule comme le baclofène avec environ 50 ou 60% de bons résultats, c’est extraordinaire.

C’est une révolution thérapeutique qu’il faut bien évidemment soutenir.« 

Ensuite Julian Bugier reçoit Samuel Blaise, lui même alcoolo-dépendant sauvé (selon ses propres termes) grace au baclofène.

Samuel Blaise est à la tête d’une association (www.baclofene.org) qui milite précisément pour l’utilisation massive de ce médicament, qui reste aujourd’hui très contrôlé et controversé aussi.

 

Samuel Blaise : « Le baclofène m’a permis de sortir d’une trentaine d’années d’alcoolodépendance, dont les 10 dernières étaient véritablement critiques.

Son fonctionnement reste encore complètement à comprendre mais de ce que les médecines observent et de ce que la communauté médicale observe, c’est un médicament qui vient remettre en fonctionnement normal un dysfonctionnement neurobiologique.

Comme l’alcoolodépendance est une maladie multicausale, le Baclofène vient remettre en ordre un fonctionnement neurobiologique qui permet de sortir de cette alcoolodépendance.

Il vient littéralement tuer le « craving« , c’est à dire cette pulsion irrépressible, ce besoin incontrôlable de boire.

C’est ce que l’on a entendu tout au long de l’émission, quand on est « forcé d’aller boire, mais ce médicament à un moment donné vient supprimer ce craving et on se retrouve libéré de ce produit. »

Julian Bugier : « Vous racontez que quand vous avez pris ce médicament, vous avez eu un vrai déclic« 

Samuel Blaise : « On atteint un stade d’indifférence, c’est le professeur Olivier Ameisen qui a décrit ça pour la première fois,  c’est lui qui a fait cette découverte médicale.

On atteint un stade d’indifférence, c’est ce qui peut arriver sous forme de déclic, ça m’est arrivé au petit matin du 22 janvier 2012.

J’ai senti effectivement physiquement comme un relâchement, comme une ouverture, une sensation physique indescriptible.

Quand on en parle entre nous qui l’avons vécu, on sait de quoi on parle, mais c’est difficile de vous décrire ce que j’ai ressenti.

C’est vraiment une libération profonde, musculaire, de tout le corps et j’ai saisi qu’à cet instant-là c’était fait, j’étais devenu indifférent et effectivement, comme Olivier Ameisen, les bouteilles ne me parlaient plus.

Julian Bugier : « Vous étiez un alcoolique avec une consommation excessive ?« 

Samuel Blaise : « Effectivement j’avais une consommation problématique pour moi, que les médecins avaient soulignée eux-même comme problé »matique. Ils avaient tiré les signaux d’alarme. C’était lourd, oui très lourd.

Julian Bugier : « Donc vous prenez ce médicament qui vous avait été prescrit, et quelques jours après, quelques semaines après vous avez eu ce déclic, cette révélation ?« 

Samuel Blaise : « Cela a été relativement rapide, en quelques jours, pour certains patients il faut plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour d’autres c’est encore plus rapide.

La notion de temps est très large d’après ce que l’on observe au travers des études et des enquêtes que nous menons sur des milliers de patients.

Que ce soit les médecins suivi de leurs cohortes, ou nous, dans les associations, il faut en moyenne 2 mois pour atteindre sa posologie efficace. 

Il y a des amplitudes très larges en terme de temps et également en terme de posologie.

On observe qu’il faut en moyenne 180 mg par jour, c’est à dire 18 cachets.

Quand il s’agit de prendre 18 cachets par jour il y a toute un stratégie que l’on met en place, l’objectif est véritablement d’aller viser ce craving qui arrive pour chaque malade à une heure particulière, certains commencent à boire dès le matin, d’autres le soir on vit ce craving.

On constate qu’environ 30% des patients ont atteint l’indifférence, ensuite le principe est de baisser progressivement la posologie tout doucement, 30% des patients sortent du traitement et poursuivent leur vie comme tout le monde.

Aujourd’hui 70% des patients, et on a peu de recule encore, gardent une dose résiduelle que l’on a l’habitude d’appeler la « dose de confort », qui est la dose minimale.« 

Julian Bugier s’adresse à Nathalie malade alcoolo-dépendante lui demandant si elle connaissait ce traitement, sa réponse :

« Oui je connais, je l’ai expérimenté aussi, mais chez moi cela n’a pas fonctionné. J’avais vraiment des effets secondaires assez importants, j’avais atteint la dose de 180 mg, mais j’étais un zombie.

Le traitement m’assommait complètement et je continuais quand même à avoir des envies et continuais à consommer.« 

Julian Bugier : « Il y a un point important dans ce traitement, cela veut dire qu’on peut continuer à boire, mais à la différence d’autres qui n’ont plus le droit de toucher à un verre d’alcool de toute leur vie, vous, avec ce traitement vous pouvez ?« 

Samuel Blaise : « Oui tout à fait, et je peux le faire sans contrôle ni crainte. C’est à dire que naturellement, à un repas de famille, ou avec des amis, quand il y a un bon plat et une bonne bouteille de vin, c’est agréable de partager ce moment et naturellement, au cours du 2e ou peut-être du 3e, ça y est j’ai atteint un stade ou je n’ai pas envie de plus.« 

Julian Bugier demande à la ministre de la santé,Agnès Buzin, si elle connaissait ce traitement.

Agnès Buzyn lui répond : « Oui bien sur, ce traitement a été réglementé parce que c’était un produit utilisé pour d’autres usages. Mr Lowenstein en parlera mieux que moi. Il entre dans une forme de protocole. Ce qui s’est passé c’est que les enquêtes ont montré que quand on l’utilise à forte dose, il entraîne plus d’effets secondaires et de risque de mort qu’à une dose inférieure. 

La réglementation a changé et on a proposé aux utilisateurs de réduire la dose à 80 mg par jour alors que beaucoup montaient à 180 mg voire 300 mg par jour.

Du fait du risque d’effets secondaires graves, l’encadrement a été restreint, et c’est là où survient la controverse. Les médecins disent que c’est insuffisant, qu’ils ne peuvent pas y arriver avec cette dose trop faible et les pouvoirs publics disent : « Oui ok, mais à une dose plus forte on expose les gens à un risque mortel. Nous ne voulons pas prendre cette responsabilité. C’est la question du bénéfice risque d’un médicament« 

Julian Bugier : « Précisons qu’il y a une nouvelle évaluation de l’Agence du Médicament qui est en cours, on attend les résultats et les conclusions dans les prochaines semaines, peut être dans les prochains moi, c’est toujours un temps assez long. Un recours a été déposé devant le Conseil d’Etat par une patience alcoolique, c’est donc un enjeu majeur. Docteur Lowenstein, croyez-vous à l’avenir de médicament ?« 

William Lowenstein : « Bien sur ! On peut parler d’une véritable révolution thérapeutique ! Le fait de pouvoir se dire que grâce à un médicament on bloque le mécanisme de craving, on n’est pas assujetti à la religion de l’abstinence toute notre vie, c’est extraordinaire. 

En baissant les doses c’est incontestable, dans cette étude qui d’ailleurs n’a pas été signée , il y a des décalages de risques. Quelque part il y a ce faux-nez d’accepter  notre absence de responsabilité dans les 49 000 morts par an de l’alcoolisme, pour éviter 10 morts à cause d’un médicament.

On est toujours dans cette progression de la santé publique et c’est là où je pense que la stratégie de réduction des risques nous ferons tous avancer plus sereinement que de dire « c’est à 100% d’efficacité », on sait bien que non.

J’ai connu ce débat avec la méthadone.

Il est nécessaire de continuer la recherche dans ces médicaments que l’on appelle addictolytique c’est à dire, anti-craving.« 

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? Alors n’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous  :

2 réponses sur “Baclofène : le point de vue de l’addictologue William Lowenstein (France2)”

  1. le baclofène est loin d’être un médicament miracle. Sur le forum que j’administre, il y a beaucoup de monde qui a pris ce médicament, la plus part ont arrêté, l’effet souhaité n’étant pas là et les contraintes importantes, de même que les effets secondaires.
    De plus prendre un médicament de ce style évite de rechercher la cause de notre alcoolisme qui n’est qu’un symptôme, si la cause n’est pas éradiquée, le symptôme peut ressortir sous une autre forme, boulimie, anorexie ou autres…

  2. Religion de l’abstinence ??
    Lowenstein est à côté de la plaque.
    Beaucoup de gens qui ne boivent pas sont très heureux comme ça.
    Et c’est d’autant plus vrai pour un malade alcoolique.
    Si le corps médical insinue qu’aucune vie sans alcool ne peut être epanouissante, on ne peut rien envisager d’autre que la réduction des risques et quantité hallucinantes de cachets pour tenir au risque d’y laisser la vie. Le rejet addicto-idéologique de Lowenstein envers les AA en dit long sur sa fermeture d’esprit qui, au final, dessert les malades.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *