Que vit l’entourage d’une personne dépendante de l’alcool ? Que peut-il faire ?

L’impact de la maladie sur l’entourage varie selon le type de relation entretenue avec la personne consommatrice, selon le lien affectif et/ou la proximité géographique.

thérapie familiale systémique

Pourtant, quel que soit le rapport qu’entretiennent les proches avec la personne alcoolodépendante, tous sont confrontés à une même réalité : personne ne peut arrêter de boire à la place de l’autre.

L’entourage se sent souvent impuissant à changer la situation et à comprendre ce qui se passe.

«Tout le monde voit qu’il/elle est alcoolique, pourquoi mentil/elle à propos de sa consommation?»

Lorsque les proches essaient d’obtenir des aveux sur la consommation et qu’ils essaient de confronter la personne dépendante à sa maladie, il arrive souvent que celle-ci se réfugie dans la négation du problème.

Le déni est un mécanisme de défense qui permet au malade alcoolique de ne pas voir qu’il est devenu dépendant de l’alcool.

En fait c’est une manière de se cacher la réalité : mentir aux autres et se mentir à soi-même pour faire taire ce qui est insupportable et inacceptable.

Le déni peut prendre différentes formes: la banalisation (je bois comme tout le monde…), le rejet de la responsabilité (je bois parce que j’ai perdu mon travail), les excuses (je bois parce qu’elle m’a quitté), l’agressivité (mêlez-vous de ce qui vous regarde!), la minimisation (oui, j’ai bu, mais seulement deux verres!), etc.

 

Malgré les manifestations que peut prendre la maladie, l’alcoolodépendant n’est ni un menteur, ni un vicieux; il est seulement un malade qui a beaucoup de peine à accepter sa maladie.

«Mais pourquoi boit-il/elle?»

L’alcoolodépendance est une maladie complexe et il est difficile de comprendre pourquoi la personne consomme, pourquoi elle ne peut pas gérer sa consommation comme tout le monde, et surtout pourquoi elle n’arrête pas de boire alors qu’il y a tant de conséquences négatives.

L’entourage se sent impuissant et a tendance à se culpabiliser, pensant qu’il est une des causes de la consommation ou, du moins, qu’il est fautif de ne pas réussir à faire arrêter la personne alcoolique de boire.

L’entourage n’est pas responsable du problème d’alcool, cependant, par son attitude, il peut jouer un rôle important pour aider la personne alcoolique à prendre conscience de sa maladie.

«Qui est responsable de la situation?»

Souvent, l’entourage se sent responsable de la situation; parfois, certains «coupables» sont désignés parmi les proches: c’est parce qu’elle l’a quitté qu’il boit, ce sont ses parents qui ne lui ont jamais mis de limites, etc.

On espère qu’en cherchant les causes et en comprenant pourquoi la personne boit, on puisse ainsi résoudre le problème.

Il est difficile pour l’entourage de comprendre et d’accepter que la dépendance à l’alcool est une maladie aux causes multiples et complexes, et que chercher un coupable n’apporte pas de réelle solution au problème.

«Ne peut-on pas contrôler sa consommation et l’empêcher de boire?»

Pour tenter d’aider la personne dépendante, différents moyens sont mis en œuvre par l’entourage : souvent, dans un premier temps, on essaie d’excuser ou de chercher des explications à la consommation.

Les proches peuvent aussi essayer de limiter la consommation d’alcool, par exemple en comptant le nombre de bouteilles, en vérifiant leur contenu, en les cachant ou en accompagnant la personne concernée au café afin de contrôler ses consommations.

Lorsqu’on se rend compte que le problème persiste, on peut en venir à proférer des menaces: abandon, renvoi, dénonciation, divorce.

Il faut souvent du temps à l’entourage pour se rendre compte qu’il est impossible de contrôler la consommation de la personne alcoolodépendante et de la faire arrêter de boire !

«Je ne sais plus quoi faire, je n’en peux plus…»

Pour rendre la situation viable, l’entourage assume parfois les tâches et les responsabilités que la personne dépendante de l’alcool a délaissées.

Il arrive aussi que, pour l’aider, les proches la protègent des conséquences de sa consommation: par exemple, ils l’excusent pour ses retards au travail ou pour ses débordements.

Certains de ces comportements, plutôt qu’améliorer la situation, maintiennent la consommation d’alcool tout en épuisant l’entourage.

Les proches se sentent vidés, ils ont le sentiment de ne plus exister en dehors du problème alcool. En cherchant à aider l’autre, ils s’enferment eux aussi dans le problème.

C’est un mécanisme courant et connu qui s’appelle la codépendance et qui se développe parallèlement à la dépendance. Ce processus touche plus particulièrement le partenaire de la personne alcoolique mais peut aussi concerner les parents, enfants, amis ou collègues de travail – et plus fréquemment les femmes que les hommes.

«Que faire s’il y a des enfants?»

L’entourage a une responsabilité particulière lorsque la personne dépendante de l’alcool a des enfants.

On a tendance à minimiser l’impact du problème sur les enfants, pensant, à tort, qu’ils ne remarquent rien et qu’ils n’en souffrent pas trop.

Il est vrai que les conséquences pour un enfant peuvent être différentes selon le parent touché, puisque les rôles assumés par le père et la mère sont différents.

Mais quel que soit le parent concerné, vivre avec un parent alcoolodépendant, c’est, pour l’enfant, vivre quotidiennement la honte, la culpabilité et l’insécurité.

Son développement peut en être perturbé et l’enfant court un risque accru de souffrir lui-même plus tard d’un problème de consommation et/ou de problèmes psychologiques.

Il est donc prioritaire d’offrir aux enfants concernés la possibilité de parler de leur souffrance sans qu’ils aient le sentiment de trahir ou de dénoncer leur famille

Que peut faire l’entourage ?

La première solution qui vient à l’esprit de tous est de chercher à faire arrêter de boire la personne dépendante.

Cela semble la réponse la plus adaptée au problème et pourtant, sans l’adhésion de la personne concernée à la démarche, celle-ci est en général vouée à l’échec.

On ne peut pas contraindre quelqu’un à arrêter de consommer s’il n’a pas lui-même décidé de le faire.

Alors que faire si on ne peut pas décider l’autre à changer?

Changer soi-même… Cette proposition peut surprendre, pourtant, c’est ce qui marche.

Pour les proches, aider ne signifie pas «l’empêcher de boire», mais se rendre compte du pouvoir de l’alcool sur leurs propres attitudes, leurs comportements, leur bien-être physique, psychique et relationnel.

Finalement, «changer soi-même», la réponse semble facile, mais changer est un apprentissage long et difficile qui demande souvent de l’aide et du soutien de professionnels ou d’un groupe d’entraide.

Lorsque les proches modifient leurs attitudes vis-à-vis de la personne dépendante, cela suscite une réaction de sa part. Parfois, dans un premier temps, le changement provoque un renforcement du problème et de la consommation.

Cela montre que la personne est sensible aux changements et à cette nouvelle dynamique et qu’elle réagit.

Ainsi, les attitudes et le comportement de l’entourage vis-à-vis de la personne dépendante jouent un rôle essentiel pour l’amener à prendre conscience de sa maladie et la motiver à changer elle aussi.

Voir également l’article suivant :

Comment l’entourage d’un malade alcoolique peut-il trouver de l’aide ?

2 réponses sur “Que vit l’entourage d’une personne dépendante de l’alcool ? Que peut-il faire ?”

  1. La seule réponse qui me vient à l’esprit c’est Rien!
    Le malade alcoolique est le seul qui peut décider de se soigner ou pas, de continuer les soins ou pas.
    Par contre, toi, tu peux changer. Tu pratiques ce qu’on appelle le détachement. Tu différencies la personne que tu aimes de celle qui est alcoolisée. La personne alcoolisée, tu l’ignores, tu construis ta vie sans elle. Si elle n’est pas alcoolisée, tu poursuis ta vie de couple normalement. Tu lui expliques juste que tu ne le partageras plus avec l’alcool, que ce sera donc l’alcool ou toi…

  2. je suis responsable d’une asso néphaliste étant moi même ancienne malade, et aujourd’hui mon mari en est atteint. J’ai réussi à le convaincre d’aller au CSAPA mais au bout de 2 séances il a arrêté. Je sais pertinemment que je ne peux pas grand chose pour lui étant trop proche alors que faire ?

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