Adolescent dans une famille d’alcoolique

«Je me souviens qu’une fois, vers 12 ans, j’avais demandé à ma mère de le quitter… Mon plus grand rêve c’était d’avoir un autre père…»

A l’adolescence, la logique de l’évolution veut que les jeunes s’éloignent de leurs parents.

Mais comment prendre de la distance lorsqu’on vit dans une famille alcoolique dont on se sent responsable?


L’adolescent est sans cesse confronté à des comportements imprévisibles : promesses non tenues, punitions et récompenses arbitraires.

Entre les humeurs extrêmement fluctuantes de ses parents et ses propres émotions changeantes à l’adolescence, le jeune ne sait plus où il en est: il est déchiré entre colère et déception, amour et haine.

Il est pris dans un terrible conflit de loyauté et vit au quotidien soucis et stress.

D’autres événements peuvent s’ajouter: les enfants de parent alcoolique sont confrontés plus souvent que les autres à des disputes entre leurs parents et à leur séparation ou divorce, ce qui implique souvent des déménagements et des changements d’école.

L’adolescent doit parfois s’interposer dans un conflit, prendre la défense de l’alcoolique ou celle de l’autre parent, devenir confident et/ou soutien du parent non-consommateur.

 

Il souffre des excès de son parent alcoolique mais il souffre aussi souvent de ne pas comprendre l’attitude de l’autre parent. Il se sent responsable de la situation, impuissant et n’ose rien dire.

Pour l’adolescent, il est douloureux de supporter les comportements aberrants, les propos incohérents, les excès en tout genre; à cela s’ajoute aussi la crainte que les autres se rendent compte de la situation, la peur d’être rejeté ou pris en pitié.

Ces adolescents présentent souvent un important déficit de l’estime de soi, un immense besoin de contrôle, un déni de leurs propres besoins et de leurs émotions, des doutes sur leurs capacités, des difficultés de communication, la difficulté de faire des choix, la peur de réussir, sans oublier un risque élevé de développer eux-mêmes des problèmes de consommation d’alcool.

« Toi tu t’es pas levé à une heure du matin à l’âge de 10 ans en voyant ta mère se bourrer la gueule. C’est pas toi qui t’es tapé ton frangin dans ton pieu pendant des années, c’est pas toi qui t’es tapé des heures et des heures de ménages, de bouffes, de lessives patati patata, qui t’es empêché de sortir pour qu’il y ait toujours quelqu’un pour ton frère…« 

jeune fille de 16 ans

Comportements pouvant signaler une difficulté importante dans la famille:

Désordre alimentaire, plaintes physiques fréquentes (maux de tête, de ventre …), problèmes de sommeil, anxiété, peurs, dépression, troubles du comportement, abus d’alcool ou d’autres drogues, isolement, problèmes scolaires ou professionnels, fugue, comportement de délinquance, etc.

Que faire pour aider un adolescent vivant dans une famille alcoolique?

– Donner des informations sur l’alcool, la consommation modérée, l’abus et la dépendance.

– Parler de ce qui se passe, du processus de la maladie, du déni de l’alcoolique, de la codépendance des proches, des émotions que vit le jeune (peur, ressentiment, ras le bol, honte, colère, déception, impuissance, désespoir …).

– Aider le jeune à reconnaître ses propres besoins et à les satisfaire (par ex. «tu as le droit de sortir, de t’amuser…»).

– Renforcer son estime et sa confiance en lui-même et en ses capacités.

– L’aider à développer des moyens pour gérer son stress et pour distinguer les petits et les grands problèmes.

– Lui permettre de sortir du silence, l’aider à se libérer du poids du secret et de l’isolement (par ex. «tu as le droit de dire ce que tu vis, il y a d’autres jeunes qui vivent la même situation que toi»).

– Lui proposer de l’accompagner dans un groupe d’entraide ou auprès d’un service spécialisé afin de chercher de l’aide pour lui même.

Caractéristiques pouvant être observées chez des adultes ayant vécu un problème d’alcool dans leur famille:

– pas de vision claire sur ce qui est «normal» dans une relation,
– peine à aller au bout des choses,
– auto-évaluation très critique,
– incapacité à se faire plaisir,
– problèmes à entretenir des relations intimes,
– tendance à se sur-responsabiliser ou au contraire  :
– se laisser totalement prendre en charge,
– difficulté à entretenir une relation «normale» avec l’alcool.

Que faire lorsqu’on a vécu dans une famille alcoolique?

– Se donner la possibilité de parler de son enfance, d’analyser et de trier les événements.

– Reconnaître ce qui est difficile, ce qui fait souffrir, où sont ses propres limites.

– Apprendre à se faire confiance, à identifier ses besoins et à y répondre.

– Développer sa capacité à exprimer ses sentiments et ses opinions.

– Apprendre à se laisser aller, se détendre et s’amuser.

– Se donner du temps pour s’occuper de soi: par ex. écouter de la musique, se délasser dans un bain, aller au cinéma.

– Fixer des priorités au quotidien, distinguer les petits et les grands problèmes.

– Apprendre à recevoir et pas uniquement à donner.

Aider : quelques conseils indispensables

Ne pas fermer les yeux

Lorsqu’on observe certains signes montrant qu’un enfant est en situation de détresse, même si on ne se sent pas vraiment compétent, il est nécessaire d’intervenir. Dans un premier temps on peut transmettre aux parents ses observations et leur faire part de notre souci pour l’enfant, sans forcément faire un lien avec un problème d’alcool.

• Construire une relation de confiance

Un enfant a besoin de pouvoir construire une relation de confiance avec un adulte. Savoir que quelqu’un est là, sur qui on peut compter, en qui on peut avoir confiance est un soutien indispensable pour l’enfant. Il pourra petit à petit se confer, parler de ce qu’il vit et de ses sentiments.

• Ne pas juger les parents

Il faut être particulièrement attentif à ne pas mettre l’enfant dans une situation de conflit de loyauté vis-à-vis de sa famille. Au contraire, il faut lui expliquer combien sa démarche de briser le silence est nécessaire pour lui-même mais aussi pour son parent.

• Se faire soi-même aider par des professionnels

Devenir une personne de confiance, c’est prendre une responsabilité importante vis-à-vis de l’enfant. Parler d’un problème de dépendance est un sujet sensible qui demande une préparation. Dès lors il ne faut pas hésiter à chercher soi-même de l’aide et des conseils auprès de spécialistes afin de partager cette responsabilité.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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