Alcool, Jeunes et ivresse – Entre risques et plaisir

De plus en plus souvent, des adolescent-e-s parlent de leurs ivresses alcooliques – parfois répétées.

Or, ils n’évaluent pas toujours les risques que cela implique. Les mesures structurelles limitant l’accessibilité de l’alcool sont évidemment importantes pour la prévention – notamment la politique des prix et l’application des dispositions de protection de la jeunesse.

On peut aussi contribuer à la prévention des risques liés à l’ivresse dans le cadre de l’enseignement, notamment en sensibilisant les jeunes aux risques qui en découlent et en parlant avec eux des motifs et des causes qui y conduisent.

Qu’est-ce que l’ivresse?

Ivresse, n. f. 1. Etat d’une personne ivre; intoxication produite par l’alcool et causant des perturbations dans l’adaptation nerveuse et la coordination motrice. 2. Par extension: exaltation, griserie, transport. (Le Grand Robert de la langue française).

Ivresse : état d’excitation, d’irritabilité et d’incoordination des mouvements dû à une ingestion massive et récente de boisson alcoolique ou d’une autre substance toxique (par ex. ivresse cannabique) et pouvant entraîner un état comateux. (Dictionnaire médical, L. Manuila, A. Manuila, M. Nicoulin, Paris, Masson, 5ème éd. 1992).

Dans le langage courant, la notion d’ivresse s’applique à toutes sortes de situations: ivresse des achats, ivresse de l’amour, ivresse du pouvoir, ivresse de la danse, ivresse de la vitesse, etc.

La plupart du temps cependant, on qualife d’ivresse un état caractérisé par des troubles plus ou moins marqués de la conscience et provoqué par la consommation d’alcool ou d’autres drogues. Sous leurs effets, les perceptions sensorielles et le comportement se modifent.

 

En fait, ce ne sont pas seulement l’alcool ou les autres drogues qui provoquent une ivresse, mais aussi la production de certaines substances par le corps lui-même; on pense ici au saut à l’élastique, à la pratique d’un sport d’endurance, à la danse, au jeûne, etc.

Définition scientifique de l’ivresse alcoolique

Dans son acception scientifique, la notion d’ivresse alcoolique désigne une consommation excessive d’alcool qui provoque des troubles physiques et psychiques. Elle se manifeste par une diminution des capacités de réaction, de jugement, de contrôle et par des problèmes de concentration et de coordination. Même si, subjectivement, ces symptômes ne sont pas forcément perçus par tout le monde, les adultes présentent, du point de vue médical, un état d’ivresse et d’intoxication lorsqu’ils ont consommé quatre à cinq verres d’alcool.

Chez les enfants et les adolescent-e-s, ce même état apparaît déjà après la consommation de quantités beaucoup plus faibles. La concentration d’alcool dans le sang (mesurée en pour mille) n’est qu’une indication approximative pour déterminer un état d’ivresse.

Les effets de l’alcool variant d’une personne à l’autre, on ne peut en effet pas s’appuyer sur ce seul critère. Les différentes phases de l’ivresse alcoolique sont décrites dans le chapitre ci-dessous. Les taux d’alcoolémie provoquant les symptômes décrits varient d’un individu à l’autre.

Les phases d’une ivresse alcoolique

Une ivresse alcoolique se déroule en plusieurs phases typiques qui se succèdent imperceptiblement. Lorsqu’une personne arrête de boire à un moment , donné, son corps et son cerveau retrouvent lentement leur état normal. Une personne qui continue de boire traversera toutes ces phases.

Euphorie: Les premiers effets sont agréables pour la plupart des gens, qui se sentent plus légers et détendus. Au fur et à mesure de sa consommation, la personne concernée perd ses inhibitions: plus elle est alcoolisée, plus elle ose faire et dire des choses qu’elle ne ferait ou ne dirait pas dans son état normal.

Au cours de cette phase déjà, les consommatrices et consommateurs surestiment leurs capacités. La plupart des personnes qui s’enivrent volontairement recherchent cet état. Il est toutefois souvent difficile de ne pas dépasser cette phase, parce que les effets de l’alcool rendent déjà difficile le contrôle de la consommation.

Ivresse proprement dite: La levée des inhibitions se poursuit et s’accompagne de comportements dépassant parfois les limites au point de devenir désagréables pour les autres. Les personnes ont alors fréquemment tendance à se surestimer et à trop présumer de leurs aptitudes.

Ils deviennent lunatiques, se montrent parfois agressifs ou se renferment. Un état de confusion, des troubles du sens de l’orientation et des actes non coordonnés peuvent apparaître. L’élocution devient indistincte. Des signes de somnolence peuvent parfois aussi se manifester. Certains souffrent, déjà à ce stade, de nausées et de vomissements.

Hébétude et léthargie: Cette phase est caractérisée par de graves troubles du langage et de la motricité. La capacité de réaction est pratiquement nulle, on constate une confusion mentale et les vomissements sont fréquents.

Cette phase débouche souvent sur un sommeil profond, qui constitue en même temps le début de la phase suivante.

Coma: La personne concernée perd connaissance. Sa température baisse, sa miction est parfois incontrôlée et la mort peut survenir par arrêt respiratoire.

La recherche de l’ivresse

Au cours de l’histoire

La recherche de l’ivresse, d’un «autre état», est une constante dans l’histoire humaine. Il y a des milliers d’années, les hommes connaissaient en effet déjà les états d’ivresse et les recherchaient – avec ou sans recours à des substances psychoactives.

L’ivresse faisait souvent partie des rituels religieux, servant à  établir des contacts avec une divinité et à élargir la conscience des individus constituant la communauté.

Ces ivresses avaient lieu dans un cadre temporel et spatial défni. Elles étaient parfois un privilège réservé à des personnes précises.

Lorsque les hommes ont commencé à fabriquer industriellement de l’alcool et d’autres drogues, le lien entre consommation de drogue et rituels sociaux s’est progressivement perdu. Ce n’est qu’au moment où ces changements sont intervenus que des problèmes liés aux états d’ivresse et à la consommation excessive ont commencé à se poser aux hommes.

A plusieurs reprises au cours de l’histoire, les autorités se sont efforcées d’endiguer ces problèmes au moyen d’interdits, sans grand succès. Le désir d’atteindre des états d’ivresse et de dépasser les limites de la conscience ne peut pas être réprimé, car il répond à une réalité et probablement même à un
besoin chez beaucoup de gens: le corps des mammifères supérieurs produit en effet lui-même des substances pouvant provoquer des états d’ivresse (endorphines par ex.).

C’est sans doute un indice que de tels états nous sont «nécessaires». Lorsque les humains et d’autres mammifères supérieurs ont un comportement naturel,
en satisfaisant leurs besoins premiers tels que se nourrir et se reproduire, leur corps produit des endorphines qui leur donnent un sentiment de bien-être.

Le désir d’ivresse est certes compréhensible, mais il convient de se demander comment de tels besoins  peuvent être satisfaits sans prendre des risques trop importants et quel est le rôle de l’alcool dans ce contexte.

Pourquoi donc? Motifs et besoins

La consommation d’alcool ne rend pas forcément ivre et ce n’est d’ailleurs pas toujours le but recherché en consommant. En buvant un verre de vin avec un repas, c’est plutôt l’expérience gustative qui nous intéresse.

Toutefois, lorsque l’alcool est consommé délibérément pour parvenir à l’ivresse, cela peut correspondre à certains motifs et besoins:

La curiosité ou l’envie d’essayer jouent un rôle capital lors des premières consommations. Avoir envie de voir «comment c’est quand on est ivre» est une raison avancée par beaucoup de jeunes, qui disent aussi tester les quantités, les sortes de boissons et leurs effets «combien faut-il en boire pour que…».

L’expérience faite en groupe, l’influence du groupe «les autres font la même chose» ou des conceptions normatives «ça fait tout simplement partie de la fête», «un garçon digne de ce nom peut supporter ça» peuvent pousser un jeune à s’enivrer.

Une fois qu’on a fait l’expérience de l’ivresse – et que l’on sait par conséquent quel effet ça fait, il peut aussi arriver que cet état soit délibérément recherché pour retrouver certains effets agréables. L’envie d’être joyeux, de faire face au stress, d’oublier les problèmes ou de lever ses inhibitions sont des motivations qui peuvent jouer un rôle. Certains osent par exemple faire des choses qu’ils n’auraient pas le courage de faire quand ils n’ont pas bu (adresser la parole à quelqu’un, avoir des relations intimes, etc.).

Il existe un rapport entre les motifs de consommation et les manières de boire. Les risques varient ainsi en fonction du motif de consommation. Si l’ivresse est recherchée pour «faire la bombe» avec d’autres lors d’une occasion particulière, cela implique essentiellement des risques immédiats (risque d’accident, intoxication alcoolique, etc.). Ces risques immédiats sont également présents lorsque l’ivresse est recherchée par exemple pour pouvoir se détendre ou oublier ses problèmes. Mais lorsque la consommation est motivée par la volonté de se laisser aller et d’oublier, on risque en outre de recourir de plus en plus souvent à ce moyen pour se sentir mieux. Et plus la consommation est fréquente, plus le risque augmente que cela devienne une habitude, voire qu’il en résulte finalement une dépendance.

Ivresse involontaire

Beaucoup d’adolescent-e-s qui se retrouvent en état d’ivresse l’ont probablement provoqué délibérément. Cela ne veut pourtant pas dire que tous ceux qui sont ivres l’ont vraiment fait exprès!

Lorsqu’on consomme de l’alcool, il peut arriver que l’on soit ivre plus rapidement que ce qu’on aurait cru et l’on perd alors le contrôle sans l’avoir vraiment voulu. Chez les adolescent-e-s justement, il n’est pas rare que les états d’ivresse soient la conséquence d’une mauvaise évaluation des effets de l’alcool du fait de leur inexpérience.

Parler des causes et des motifs des ivresses

Ce n’est pas si facile de discuter des raisons pour lesquelles les adolescents (et les adultes) s’enivrent. Cela vient notamment du fait que – même s’ils sont réels – certains motifs s’accordent mal avec une image positive de soi-même.

Qui reconnaît qu’il s’enivre pour faire comme les autres ou pour faire partie d’un groupe?

Il ne s’agit donc pas de chercher à convaincre les adolescent-e-s qu’eux aussi sont mus par de tels motifs en recherchant l’ivresse. La discussion avec la classe doit essentiellement avoir pour but de faire prendre conscience aux jeunes que les motifs cités ci-dessus peuvent jouer un rôle, sans chercher à savoir si les uns ou les autres veulent ou peuvent s’y identifier.

Trouver des alternatives

Les motifs pouvant amener à consommer de l’alcool sont certes souvent compréhensibles. Il convient toutefois de s’interroger sur le moyen utilisé pour satisfaire les besoins invoqués! Lors d’une discussion sur les motifs et les causes d’un comportement, il est important d’évoquer des alternatives.

Comment peut-on satisfaire ces besoins autrement? S’agissant de la consommation de substances, le problème vient aussi du fait que l’on a un sentiment de récompense immédiate, sans véritable effort. C’est évidemment tentant, mais dangereux aussi, car cela peut nous amener à choisir de plus en plus souvent ce moyen.

Or, la consommation peut entraîner d’autres problèmes, par ex. à l’école ou dans l’entourage social. Cela peut également empêcher de développer ou d’exercer son aptitude à gérer le stress ou d’autres compétences sociales.

Concrètement, la recherche d’alternatives implique de trouver des réponses aux questions suivantes. Par exemple:

• Comment puis-je me changer les idées? exemple: danser, sortir avec d’autres, etc.

• Comment puis-je me laisser aller à oser faire quelque chose?

Le regard des autres joue un rôle important dans ces circonstances. Pour cette raison, des éléments tels que la confiance, la tolérance, l’acceptation, l’absence de préjugés, etc. sont certes importants, mais aussi les ressources individuelles comme l’estime de soi, la confance en soi, l’autonomie, etc.

• Comment puis-je me sentir appartenir au groupe?

Là encore, il s’agit de conditions relevant de la dynamique de groupe telles que la confiance, la tolérance, etc. Le sentiment d’appartenance au groupe dépend cependant aussi des contenus et de la fnalité du groupe: quelles sont les activités, les caractéristiques qui unissent ses membres?

• Que puis-je faire lorsque je me sens accablé?

L’alcool ne résout aucun problème et ne décharge d’aucun fardeau. Suivant ce qui pèse, il faut trouver des moyens différents pour le rendre plus léger. Parfois, on trouve le chemin tout seul et parfois ce sont nos amis qui peuvent nous aider. Consulter un spécialiste peut être une aide précieuse.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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