Alcoolisme des Jeunes et Complications Psychiques et Sociales

La prise aiguë d’alcool entraîne un effet désinhibiteur, et une perte du contrôle de l’usager sur ses actes.

Le consommateur peut être amené à prendre des décisions rapides et irréfléchies, à avoir des attitudes anormales (violence, comportement provocateur, propos inadaptés, etc.), à effectuer des actes répréhensibles, ou encore à prendre des risques non nécessaires.

Les adolescents alcoolisés s’exposent ainsi à diverses complications psychiques et sociales dont les répercussions peuvent être plus ou moins graves.

1) Conflits, transgression de la loi et violences

Parmi les 15-24 ans, une personne sur cinq déclare avoir déjà eu des conflits avec des amis à cause de l’alcool.

En effet, il n’est pas rare de voir des jeunes alcoolisés tenir des propos violents, vulgaires ou blessants envers des camarades, ou des personnes rencontrés fortuitement.

Cette attitude peut être source de disputes et parfois même de rixes. Lorsqu’elles se prolongent au delà de l’intoxication, ces querelles peuvent aussi avoir des répercussions psychologiques chez l’adolescent, pour lequel l’importance des relations avec ses pairs n’est plus à prouver.

De plus, l’excès d’alcool peut aussi être à l’origine de jalousie et être source de problèmes dans un couple.

 

En ce qui concerne les infractions à la loi, les alcoolisations sont retrouvées dans un délit sur cinq. L’impulsivité, la surestimation de ses capacités ainsi que la difficulté à évaluer les conséquences à long terme de ses actes, peuvent en grande partie expliquer ces chiffres.

Parmi les plus fréquents, on pourra citer la conduite sous l’influence de l’alcool, les dégradations de biens privés ou publics, ou encore les vols.

L’alcool peut aussi être impliqué dans des actes plus graves tels que des violences physiques ou sexuelles. En effet, après une absorption importante de boissons alcoolisées, l’analyse du contexte situationnel devient souvent délicate, et peut donner lieu à des erreurs d’interprétation : par exemple, une simple bousculade ou une simple remarque peuvent ainsi être vécues comme de véritables agressions, la personne intoxiquée ayant du mal à gérer son impulsivité.

L’alcoolisation des victimes peut aussi jouer un rôle facilitateur dans ces violences, en réduisant leur capacité de défense ou en les amenant, souvent de façon inconsciente, à adopter un comportement provocateur.

Différentes enquêtes internationales montrent ainsi que l’alcool est la substance psychoactive la plus fréquemment associée aux violences interpersonnelles. Selon l’enquête française Violence Alcool Multi-Méthodes (VAMM), 40 % des bagarres ayant lieu dans un lieu public impliquent d’ailleurs des sujets ayant consommé préalablement de l’alcool, tout comme 25 % des agressions se déroulant hors du cadre familial.

Globalement, les différentes études menées montrent que l’excès d’alcool augmente la gravité des agressions physiques et sexuelles, et augmente le risque d’incivilités et d’agressions.

De plus, la précocité d’usage de substances psychoactives, dont l’alcool, représente un facteur de risque de développer des comportements violents.

Toutefois, à la lecture de ces données il est important de préciser que ces études mettent aussi en lumière le fait que l’alcool n’est ni nécessaire ni suffisant pour qu’une agression se produise ; ces actes violents étant plurifactoriels, influencés à la fois par les caractéristiques psycho-sociales de l’agresseur, ainsi que par le contexte situationnel et culturel.

2) Prise de risque en matière de sexualité

L’effet désinhibiteur des alcoolisations excessives augmente le risque pour l’adolescent d’avoir des relations sexuelles non protégées.

Ces rapports exempts de préservatifs exposent les jeunes filles à un risque de grossesse non désirée, et à toutes les conséquences psychiques et sociales qui s’y rattachent.

Plus généralement ils exposent aussi les deux partenaires au risque de contracter une maladie sexuellement transmissible, parmi lesquelles le virus du SIDA, pouvant bouleverser leur vie à jamais.

De même des études ont plusieurs fois mis en évidence un lien entre une initiation précoce à l’usage d’alcool, et une augmentation des comportements sexuels à risque.

L’alcool peut aussi entraîner des modifications comportementales, amenant certains jeunes et plus particulièrement les filles, à effectuer des actes sexuels qu’elles regrettent parfois, une fois les effets psycho-actifs dissipés.

Certains de ces actes peuvent ainsi nuire à leur réputation, et être la source d’un mal être psychologique parfois important. Enfin, dans une moindre mesure, l’excès d’alcool peut être responsable de troubles sexuels, surtout chez les garçons, dont les érections sont plus difficiles à obtenir et à maintenir.

3) Difficultés scolaires

Il a été montré que les alcoolisations excessives ponctuelles impactent fortement les capacités d’apprentissage, de mémorisation, de planification et de décision.

Or ces fonctions sont fondamentales pour réussir scolairement, mais aussi à plus long terme, pour établir et mener à bien son intégration socioprofessionnelle.

On comprend donc aisément que ce mode de consommation peut être à l’origine de difficultés scolaires, influer sur les choix d’orientation de l’adolescent ou encore impacter son intégration sociale.

De plus, l’ensemble de ces difficultés sont en général vécues comme des échecs pour l’usager, l’incitant parfois à consommer encore plus d’alcool pour tenter d’échapper à ces situations angoissantes ou honteuses, l’inscrivant ainsi dans un cercle vicieux.

4) Vulnérabilité à l’addiction

Des études menées chez l’animal dans le cadre du projet Alcobinge montrent que les alcoolisations excessives intermittentes à l’adolescence favorisent la consommation d’alcool à l’âge adulte, et augmentent le risque de devenir dépendant.

Des rats ont en effet été soumis pendant leur adolescence à huit intoxications alcooliques aiguës, séparées dans le temps, puis leur consommation d’alcool a ensuite été évaluée à l’âge adulte.

Une première expérience confronte tout d’abord ces animaux ainsi que des rats témoins à deux biberons en libre accès, l’un contenant de l’eau et l’autre contenant une solution alcoolisée à 20 %. Les résultats montrent que les rats ayant été soumis à ces alcoolisations précoces consomment deux fois plus de solution alcoolisée que les rats témoins. De plus cette appétence pour l’alcool semble spécifiquement associée à ces intoxications adolescentes, car elle n’est pas retrouvée chez les rats ayant été exposés à ce même protocole mais à l’âge adulte.

Dans une seconde expérience, les animaux n’ont plus accès directement à la solution alcoolisée mais doivent fournir un travail pour l’obtenir. On appelle cela un système d’autoadministration opérante : le rat doit appuyer un certain nombre de fois sur un levier afin de libérer une dose d’alcool.

Il apparait clairement que les rats intoxiqués à l’adolescence appuient beaucoup plus de fois sur le levier. Ces animaux sont donc plus motivés à obtenir de l’alcool que les rats témoins.

Toujours selon ce même projet, certaines données pourraient en partie expliquer cet engouement pour les boissons alcoolisées retrouvé chez ces rats intoxiqués précocement. Ils seraient en effet moins réceptifs aux propriétés aversives de l’alcool, et ressentiraient moins la sensation de plaisir liée à la consommation de cette drogue, ce qui les pousserait à consommer plus pour obtenir ces effets agréables. Ces données préliminaires montrent aussi une modification à long terme de l’expression de gènes, jouant un rôle important dans l’addiction ou dans certaines pathologies psychiatriques.

Enfin, chez l’homme, les données de la littérature mettent aussi en évidence que plus l’âge du premier contact avec l’alcool est jeune, plus le sujet risque de devenir dépendant.

Il apparait que les intoxications alcooliques aiguës à l’adolescence sont associées à une plus grande vulnérabilité vis-à-vis de l’alcool à l’âge adulte. Il est tout de même important de rappeler que ce seul critère ne suffit pas à entrainer une addiction, cette dernière étant d’origine plurifactorielle ; mais qu’une telle pratique à l’adolescence peut constituer une porte d’entrée vers une alcoolisation chronique, voire vers la dépendance.

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