Alcoolisme et sexualité chez l’homme

La fonction érotique de l’homme peut paraître plus affectée que celle de la femme lorsqu’il est confronté à l’alcoolisme.

Ses capacités érectiles sont la plupart du temps grandement diminuées – allant même jusqu’à l’incapacité totale d’avoir une érection – mais ces dysfonctions ne sont pas les seules à étudier.

Même après l’arrêt de consommation d’alcool, le caractère irréversible de ces difficultés est souvent observé.

De tout temps, on a cru aux effets aphrodisiaques de l’alcool comme facilitateur sexuel.

Cette idée a traversé les siècles et les civilisations qui l’ont enrichie de leurs propres valeurs et croyances. Dans la mythologie grecque, on peut citer les festivités dionysiaques ou l’épisode de l’outrage que firent subir les Centaures ivres aux femmes lapithes. Chez les Latins, lors des bacchanales, on consacrait dans l’ivresse la reconnaissance envers Bacchus, dieu de la fertilité, de la débauche et du vin. Dans l’histoire chrétienne, Jésus opère le miracle de la transformation de l’eau en vin lors des noces de Cana ; quant aux filles de Loth, elles peuvent commettre l’inceste grâce à l’alcool et ainsi perpétuer la race.

Aujourd’hui encore, alcool et sexualité sont intimement liés.

L’expression « prendre un dernier verre » n’est-elle pas d’ailleurs perçue comme une invite à un rapport sexuel ?

On a souvent tenté d’expliquer cet effet facilitateur de l’alcool sur la fonction sexuelle par la théorie de la désinhibition, basée sur les effets pharmacologiques de l’éthanol.

 

L’alcool, substance psychotrope, a un effet dépresseur sur le système nerveux central.

La désinhibition serait le résultat de la levée par l’alcool des fonctions corticales inhibitrices assurées par la formation réticulée.

L’alcool pourrait en outre stimuler la libération d’endorphines avec une action sur les centres du plaisir et de la douleur au niveau limbique.

Il s’ensuit une réduction de l’angoisse, une atténuation des sentiments de culpabilité, une impression de stimulation du désir sexuel avec une exaltation de l’imaginaire érotique.

En fait, le lien entre alcool et désinhibition du comportement sexuel est plutôt de l’ordre d’une croyance culturelle que d’une action pharmacologique.

De nombreuses expérimentations américaines ont permis d’apporter des précisions sur la nature de ce lien.

Elles utilisent pour la plupart un dispositif expérimental en placebo équilibré (the balanced placebo design), permettant un examen séparé et interactif des effets psychologiques et pharmacologiques de l’alcool sur les comportements sexuels. Des sujets volontaires sains sont soumis à des stimuli érotiques (projection de films) après avoir consommé une boisson.

La moitié des sujets reçoit une boisson alcoolisée et l’autre moitié une boisson sans alcool.

La moitié de chacun des deux groupes est induite à croire que sa boisson contient de l’alcool et l’autre moitié que sa boisson n’en contient pas. On a donc quatre catégories de sujets :

– le sujet attend de l’alcool et en reçoit (condition active),
– le sujet attend de l’alcool et n’en reçoit pas (condition placebo),
– le sujet n’attend pas d’alcool mais en reçoit (condition antiplacebo),
– le sujet n’attend pas d’alcool et n’en reçoit pas (condition contrôle).

L’excitation sexuelle est mesurée par une auto-évaluation des indicateurs comportementaux et par des mesures physiologiques (érectométrie par exemple).

Les résultats de ces différentes études sont concordants et vont à l’encontre des idées reçues. On observe une diminution linéaire de l’excitation sexuelle physiologique inversement proportionnelle à l’élévation de l’alcoolémie. Mais à une dose faible ou modérée, pour une alcoolémie inférieure à 0,5 g/l, G. T. Wilson et D. M. Lawson (1976) mettent en évidence un effet d’attente.

Les hommes qui croient avoir consommé de l’alcool ont une augmentation de  leur excitation sexuelle tant subjective qu’objective, par rapport à ceux qui croient avoir consommé seulement un soda, quel que soit le contenu réel de leur boisson.

Cet effet d’attente est particulièrement marqué quand les stimuli sont déviants (récits de viols, d’agressions sexuelles) selon D. W. Bridell, et chez les hommes ayant une grande culpabilité sexuelle d’après une étude de D. J. Lanski et G. T. Wilson. G. T. Wilson et J. L. Adler (1985) ont compliqué le dispositif expérimental en faisant exécuter aux sujets testés une tâche demandant une attention soit faible, soit soutenue.

À de hauts niveaux de distraction cognitive, les sujets rapportent moins d’excitation sexuelle lors de la consommation d’alcool.

Les auteurs concluent que l’effet d’attente lié à l’alcool n’aurait lieu que pour les sujets présentant peu de distractions cognitives, alors qu’il serait absent pour les sujets ayant des distractions cognitives importantes telles que l’anxiété de performance, la culpabilité, les problèmes professionnels, financiers ou familiaux.

Ces différentes études ont mis en évidence que l’augmentation de l’excitation sexuelle lors de la prise modérée d’alcool est due à la seule force de l’attente, aux convictions sur les effets de la substance qu’ils croient avoir consommée.

Il s’agit donc d’un véritable apprentissage social, l’individu apprenant le comportement approprié à adopter après une prise d’alcool, la désinhibition attendue (et donc obtenue) renforçant la croyance et donc l’effet.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *