« Je bois du vin midi et soir » dit Macron qui exclut tout durcissement de la loi

Pour protéger la filière viticole, le chef de l’État s’est dit opposé à tout durcissement de la loi Evin, qui restreint la publicité des alcools.

« Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de  Pompidou : ‘n’emmerdez pas les Français‘ », a indiqué le chef de l’État à des journalistes de la presse régionale.

Ainsi, la SFA, la Société Française d’Alcoologie a diffusé le 26 février, le communiqué de presse suivant :

De l’urgence d’un plan national alcool et de la prépondérance des données scientifiques pour la santé des citoyens

Suite aux propos du Président de la République française, le jeudi 22 février 2018, il est impérieux de  recentrer les débats autour des vrais enjeux de santé publique, dont l’information scientifique des  conséquences de la consommation d’alcool (vin compris) et la prévention forment la pierre  angulaire.

Ils ne visent pas à une quelconque diabolisation du vin, mais à une communication des  informations que le consommateur est en droit d’attendre.

Il faut rappeler dans un premier temps que l’alcool est une substance psychoactive licite et que, comme toute drogue, il procure du plaisir, mais est aussi responsable, après un usage chronique, d’une perte de contrôle de la consommation et d’un usage compulsif maintenu en dépit de tous les  dommages pour le buveur vulnérable et son entourage.

Les études épidémiologiques sur de grandes cohortes indiquent que la prévalence du mésusage d’alcool et de l’alcoolo-dépendance est élevée, allant d’environ 15 % sur les 12 derniers mois à 30 % sur la vie entière.

Mais il est essentiel de ne pas tout ramener au problème de la dépendance : une grande partie des dommages est liée au mésusage et aux comportements à risque, dont l’alcool au volant et le binge  drinking chez les jeunes sont un bon exemple.

L’alcool est un carcinogène, un toxique, un perturbateur endocrinien et même l’un des meilleurs neurotoxiques, surtout pendant le développement et la maturation du cerveau.

Une étude française publiée en 2015  présente l’alcool comme l’une des toutes premières causes d’hospitalisation, ce qui n’est pas étonnant puisque l’alcool est impliqué directement ou indirectement selon l’Organisation Mondiale de la Santé dans plus de 60 maladies voire 200 si l’on prend en compte tous  les dommages comme les blessures.

Les coûts sociaux, incluant les coûts médicaux et judiciaires,  ont été estimés à 120 milliards d’euros, à mettre en regard du chiffre d’affaires de la filière  vitivinicole  : 31 milliards d’euros en 2014.

La dernière étude française sur la mortalité annuelle liée à l’alcool nous apprend qu’environ 1 100 décès sont liés à la consommation quotidienne de 1 à 1,5 verre de boisson alcoolisée.

Le message « boire midi et soir » n’est sûrement pas un bon message de santé publique.

Rappelons que les experts de l’avis relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France « considèrent que la présence d’un risque sanitaire, même pour des consommations faibles et modérées, implique que l’avertissement sanitaire actuel (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé) soit remplacé par un message signifiant que toute  consommation d’alcool est à risque pour la santé« .

La Cour des Comptes a rappelé récemment dans son rapport « Les politiques de lutte contre les  consommations nocives d’alcool » que la tolérance vis-à-vis de la consommation d’alcool explique, pour une large part, la difficulté à définir et à mettre en œuvre dans la durée une politique intégrée de santé et de sécurité.

Cette tolérance ou moindre tempérance dont fait preuve notre pays a même été montrée avoir des répercussions sur la priorité de la recherche sur l’alcool et nous place lanterne rouge au niveau mondial.

La loi Evin sans cesse détricotée et non respectée ne sera pas rétablie dans son esprit originel pendant le mandat présidentiel. C’est certainement une très bonne nouvelle pour le lobby du vin,  mais un très mauvais signal pour la santé publique dans un contexte scientifique où il est démontré que l’exposition à l’alcool (publicités, films, réseaux sociaux) est un facteur de risque, notamment
dans le comportement de binge drinking chez les jeunes.

La dernière version édulcorée de la loi Evin (2015) ne semble pas protéger efficacement les jeunes de l’exposition à la publicité sur l’alcool en France : la majorité des lycéens ont déclaré avoir été exposés au moins une fois par mois à des publicités et, en ce qui concerne les dernières annonces, 27,8 % se souviennent du type de boisson, 18,2 % de la marque et 13 % pensent avoir bu après avoir vu la publicité.

Concernant la différenciation selon les types de boisson, elle ne repose sur aucun fondement solide.  Une politique de santé publique ne saurait exonérer aucun type de boisson dès lors qu’elle contient de l’alcool et que cette politique considère les dernières données scientifiques tenant compte des facteurs confondants.

La différenciation des types de boisson au niveau de la taxation n’est pas non plus justifiée.

Nous demandons les moyens et la mise en place d’une politique de lutte contre l’ensemble des dommages liés à la consommation d’alcool. Cela nécessite un plan national alcool (PNA) ambitieux visant à développer la prévention, l’information scientifique, les soins, l’enseignement et la recherche.

Pour que cette lutte soit à la hauteur des dommages induits, il faudra certainement à  l’instar du plan national de réduction du tabagisme (PNRT) affecter le produit des taxes alcool à ce  plan.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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