Liens entre Maladies Psychiques et Consommation d’Alcool

Dans les années 1990, des études ont réussi à démontrer que les troubles liés à la consommation d’alcool étaient étroitement associés à d’autres troubles psychiques.

Diverses maladies psychiatriques sont liées à un risque accru de développer un problème d’alcool qui appellerait un traitement.

Cela va d’un risque doublé en cas de dépression à un risque six fois plus élevé lors de troubles bipolaires. L’hypothèse de l’automédication constitue un modèle d’explication possible dans ce domaine.

Ce chapitre répertorie les troubles ou les symptômes le plus souvent cités dans la littérature spécialisée en lien avec une consommation de substances à des fins d’automédication en les étayant par des données empiriques et des modèles théoriques.

Troubles anxieux et phobie sociale

Il existe différentes formes et divers degrés de troubles anxieux. Globalement, des liens significatifs peuvent être mis en évidence entre les troubles anxieux et les troubles liés à la consommation de substances. C’est ainsi que, dans une étude nationale menée aux États-Unis, 20% des personnes souffrant d’états anxieux indiquaient qu’elles consommaient de l’alcool pour atténuer leurs symptômes.

Dans une autre étude, jusqu’à 80% des personnes présentant une consommation problématique mentionnaient avoir déjà souffert précédemment d’un trouble anxieux. Ce lien, relevé dans la plupart des études empiriques, est expliqué par des processus cognitifs : la consommation de substances – l’alcool, par exemple – atténue à court terme certains symptômes d’anxiété tels que le stress ou les crises de panique (hypothèse de réduction du stress/de l’anxiété)) et renforce ainsi les attentes positives à l’égard de la substance, ce qui peut favoriser une consommation à long terme.

Cette consommation peut à son tour déclencher de nouveaux troubles anxieux ou accentuer des troubles existants. Lors d’une comorbidité entre ces deux types de troubles, des études cliniques ont montré que tant le trouble anxieux que la maladie alcoolique influencent négativement l’évolution et le traitement de l’autre problème. Bien que les personnes souffrant de troubles anxieux indiquent qu’elles consomment de l’alcool pour atténuer leurs symptômes, l’effet calmant de l’alcool sur les symptômes liés à des états anxieux ou des phobies sociales n’a pas été prouvé empiriquement.

Le fait de s’attendre à ce que l’alcool diminue les états anxieux ou les symptômes d’anxiété suffit pour inciter à consommer, même si les études pharmacologiques ne confirment pas que cette consommation a bien l’effet escompté.

Dépression et troubles bipolaires

D’après les résultats des études, les maladies dépressives sont associées globalement à un risque environ deux fois plus élevé de dépendance. Dans une méta-analyse de deux études nationales américaines, une corrélation très nette entre dépression et troubles bipolaires d’une part et abus d’alcool ou dépendance à l’alcool d’autre part a pu être constatée. Étant donné qu’aucun schéma temporel clair ne peut être établi pour ces deux types de troubles, il n’est pas possible de déterminer de façon empirique les mécanismes à l’origine de cette corrélation.

Il faut donc présumer que les deux troubles interagissent de manière complexe. Dans leur modèle de gestion de l’affect, Baker et ses collègues partent du principe que des affects négatifs associés au stress sont à l’origine de la consommation de substances. La consommation viserait en outre à combattre des symptômes dépressifs ou des états d’esprit négatifs. La probabilité d’utiliser l’alcool comme une forme d’automédication est plus élevée chez les personnes souffrant de dépression que dans les groupes témoins, ce qui va également dans le sens du modèle de gestion de l’affect.

Il n’en reste pas moins que des substances comme l’alcool peuvent provoquer des états dépressifs qui, dans quelques cas, subsistent après l’arrêt de la consommation et nécessitent un traitement.

Lors d’une comorbidité entre dépression et troubles liés à des substances, divers autres risques peuvent être observés : risque suicidaire accru, formes de consommation plus risquées, satisfaction moindre vis-à-vis de l’existence et baisse de la capacité de fonctionnement. Diverses études montrent que l’abus de substances (y compris l’abus d’alcool) semble péjorer l’évolution clinique des troubles bipolaires. En comparaison avec les personnes souffrant de troubles bipolaires qui ne consomment pas de substances, celles qui en abusent sont plus souvent hospitalisées pour des troubles affectifs ; l’apparition de la maladie est plus précoce chez elles, elles sont sujettes à des changements d’humeur plus rapides et fréquents et elles font davantage de tentatives de suicide.

Trouble de stress post-traumatique (TSPT)

Il existe une corrélation entre le fait d’avoir vécu des événements traumatiques à différents degrés et une consommation accrue d’alcool. L’ampleur de la consommation est maximale en présence d’un trouble de stress post-traumatique. Pour ce qui est du schéma temporel, les études épidémiologiques et cliniques montrent pour la plupart que le trouble lié à la consommation de substances est plus souvent diagnostiqué après le TSPT, ce qui va une nouvelle fois dans le sens du modèle de l’automédication.

Selon une méta-analyse américaine, une consommation d’alcool à des fins d’automédication a pu être démontrée dans différentes formes d’événements traumatiques (p. ex. abus sexuel dans l’enfance). Si la consommation de substances se poursuit à long terme, elle peut renforcer le TSPT et favoriser des états émotionnels négatifs. Une nouvelle consommation en vue d’atténuer ceux-ci peut finalement entraîner un cercle vicieux.

Schizophrénie

Différentes études ont pu mettre en évidence des liens significatifs entre la schizophrénie et un trouble lié à la consommation de substances. Dans le cadre de la vaste étude épidémiologique américaine « Epidemiologic catchment area study » (ECA), la prévalence vie entière de l’abus d’alcool/la dépendance à l’alcool déclarée par les patient-e-s schizophrènes était de 33.7%. On peut considérer que les personnes atteintes de schizophrénie ont un risque trois fois plus élevé de développer une maladie alcoolique.

Pour la schizophrénie, les modèles les plus courants sont ceux du développement secondaire de l’addiction. L’existence d’une comorbidité entre psychose et addiction se répercute négativement sur l’évolution de la problématique de base. En comparaison avec d’autres patient-e-s atteints de schizophrénie, ceux qui présentent une comorbidité rechutent plus souvent, se réinsèrent moins bien socialement à long terme et se montrent plus souvent agressifs vis-à-vis de tiers et suicidaires.

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