Quelles sont les mesures les plus efficaces en matière de politique de l’alcool ?

L’alcool n’est pas un bien de consommation ordinaire, mais a depuis longtemps, dans la plupart des sociétés, d’importantes significations symboliques, que ce soit comme instrument de socialisation et de plaisir ou comme expression de l’hospitalité.

Toutefois, les effets négatifs de sa consommation sur la santé en font eux aussi un bien de consommation peu ordinaire.


L’alcool est une substance toxique qui agit directement et indirectement sur toute une série de systèmes et d’organes. Une consommation aiguë élevée fait courir le risque, par exemple, d’empoisonnements, d’inflammation du pancréas et de troubles du rythme cardiaque.

La consommation chronique de grandes quantités d’alcool, quant à elle, peut entraîner notamment divers types de cancers ainsi qu’une cirrhose du foie.

La consommation d’alcool comporte le danger d’une dépendance. Plusieurs critères définissent le syndrome de dépendance: quiconque est dépendant ressent une forte envie d’alcool, ne contrôle plus sa consommation et continue de boire en dépit d’indéniables conséquences nocives.

La personne dépendante n’a plus d’intérêt pour autre chose, doit consommer toujours plus pour obtenir l’effet désiré et ressent des symptômes physiques de sevrage si elle réduit ou cesse sa consommation d’alcool.

L’ivresse alcoolique porte atteinte à diverses facultés physiques et cognitives.

En état d’ébriété, les fonctions psychomotrices sont perturbées, le temps de réaction prolongé, la capacité de jugement diminue et l’humeur se fait changeante. Or ces effets peuvent avoir de graves conséquences, telles qu’accidents, suicides, bagarres ou violence.

 

Qu’est-ce que la politique de l’alcool?

Il existe des mesures efficientes à même d’endiguer la consommation d’alcool et ses effets négatifs. Diverses études ont montré que les pays ayant une consommation moyenne élevée ont aussi plus de problèmes dus à l’alcool.

Ainsi, la politique de l’alcool doit donc avoir pour but de diminuer la consommation moyenne; par ailleurs certaines situations et modes de consommation liés aux problèmes dus à l’alcool doivent être évités.

Les mesures de politique de l’alcool sont centrées sur les rapports existant entre alcool, santé et bien-être social. A ce titre, les mesures destinées par exemple à réduire les accidents dus à l’alcool au volant font aussi partie de l’éventail de la politique de l’alcool.

Enfin, ces mesures doivent être évaluées en fonction d’une part de leur efficacité et d’autre part de leur efficience économique.

Acteurs de la politique de l’alcool

La politique de l’alcool n’est pas uniquement l’affaire de l’Etat, mais concerne aussi divers acteurs privés. L’alcool étant un bien de consommation important et une marchandise, de forts intérêts économiques sont en jeu (production, distribution, commercialisation, restauration, publicité, etc.). S’y ajoutent des organisations non gouvernementales qui tentent d’imposer leurs préoccupations de santé publique.

La recherche scientifique y a aussi sa place dans la mesure où les acteurs fondent souvent leur propre argumentation sur les résultats d’études. Et, comme dans toute question politique, les médias jouent aussi un rôle important dans le débat autour de l’alcool.

L’alcool: un produit frappé d’impôt

Dans la plupart des pays, le prix des boissons alcooliques n’est pas abandonné aux seuls mécanismes du marché mais relevé par le biais d’impôts ou d’autres mesures de contrôle. On obtient ainsi des recettes fiscales que certains gouvernements investissent dans des mesures propres à limiter l’ampleur des dommages dus à l’alcool.

Les jeunes sont sensibles aux changements de prix

Les jeunes sont particulièrement sensibles aux changements de prix. Une imposition accrue de la bière, par exemple, réduira la fréquence de sa consommation par les jeunes et donc le risque de les voir s’enivrer, autrement dit d’en consommer en grandes quantités de manière ponctuelle.

Le prix influence aussi les gros buveurs

Ce sont non seulement les consommateurs modérés qui réagissent à de brusques modifications de prix, mais aussi les gros buveurs et les personnes dépendantes. Une imposition fiscale accrue peut donc réduire les problèmes dus à l’alcool, comme par exemple les accidents ou les cirrhoses du foie.

Economique et efficace

L’imposition fiscale des boissons alcooliques est une mesure préventive efficace et peu coûteuse. Une imposition par trop élevée peut toutefois entraîner des effets secondaires indésirables, que ce soit la production illégale de produits de remplacement ou la contrebande de boissons alcooliques.

La publicité influe sur l’attitude envers l’alcool

La publicité pour l’alcool et le sponsoring influencent l’attitude qu’on a vis-à-vis des boissons alcooliques ainsi que la perception de la quantité d’alcool que les autres boivent.

Internet, notamment, a rendu possible ces dernières années des formes de marketing de l’alcool ayant spécialement pour cible les adolescents. Il a été clairement démontré que la publicité donne à la consommation d’alcool une image positive, glamour et sans risque.

Limitations volontaires de la publicité par l’industrie de l’alcool

Menacée de contrôle étatique, l’industrie de l’alcool se soumet volontiers à un autocontrôle. Mais, celui-ci allant à l’encontre de ses intérêts économiques, le danger est grand que ce contrôle reste lacunaire. Le plus souvent, la publicité pour l’alcool ne change en rien, si ce n’est qu’au lieu du produit, c’est le logo de la marque qui est mis en exergue. Les codes de conduite adoptés volontairement sont le mieux appliqués lorsque médias, publicitaires et industrie de l’alcool y sont associés et que le pouvoir d’autoriser ou d’interdire une campagne publicitaire est aux mains d’un organisme indépendant.

Limitations légales de la publicité

Les résultats relatifs à l’influence de restrictions légales de la publicité sur la consommation d’alcool sont contradictoires: si quelques études montrent que des limitations de la publicité ont permis de réduire la consommation d’alcool et donc les problèmes qui lui sont dus, d’autres études ne démontrent aucun effet. Pour être efficaces, de telles mesures doivent en tout cas aller jusqu’à interdire aussi d’éventuelles stratégies de substitution (comme le sponsoring sportif).

Peu coûteux et efficace avec une réglementation globale

Il est clairement établi que la publicité pour l’alcool favorise une attitude positive à l’égard du bien de consommation qu’est l’alcool, surtout chez les jeunes. Les limitations de la publicité font partie des mesures de politique de l’alcool les moins coûteuses. Elles sont particulièrement efficaces lorsqu’elles touchent l’ensemble du marketing de l’alcool.

Multiplicité des mesures possibles

L’accessibilité à l’alcool peut être réduite de diverses manières, que ce soit par l’interdiction d’en consommer ou d’en vendre à certaines personnes ou en certains lieux, que ce soit par des monopoles de vente, des heures d’ouverture limitées ou encore par un nombre restreint de points de vente.

Interdiction partielle ou totale de l’alcool

De fait, l’interdiction totale ou partielle de la consommation d’alcool permettrait de réduire les problèmes dus à l’alcool; avec le risque cependant que la demande soit couverte par le marché noir, qui s’accompagne fréquemment de violences et autres effets collatéraux indésirables. Interdire toute consommation d’alcool n’est de surcroît guère imaginable dans des sociétés occidentales où de larges couches de la population trouvent dans les boissons alcooliques une source de plaisir appréciée. L’expérience montre toutefois que des interdictions temporaires (p.ex. lors de manifestations sportives) sont bien acceptées

Monopole d’Etat sur la vente des boissons alcooliques

Limiter la vente d’alcool à des points de vente propres à l’Etat abaisse la consommation d’alcool et réduit les problèmes qui lui sont dus. L’une des raisons en est un accès moins aisé à l’alcool, les points de vente étatiques étant moins nombreux et leurs heures d’ouverture limitées. De plus, il est apparu que les prescriptions interdisant la vente d’alcool aux mineurs ou à des personnes alcoolisées sont plus faciles à faire appliquer par des commerces officiels qui n’ont aucun intérêt économique à cette vente.

Moins de points de vente et heures d’ouverture limitées

La densité des locaux et commerces proposant de l’alcool exerce une influence essentielle sur la consommation d’alcool et les problèmes qui en découlent. En cas de forte densité de tels commerces, des changements minimes de cette densité n’ont cependant pas d’effet significatif. Limiter la vente d’alcool à certains jours et à certaines heures de la journée peut réduire la consommation d’alcool et les problèmes qui lui sont liés.

Des heures d’ouvertures limitées ont probablement le plus d’effet sur les personnes ne disposant d’aucune réserve d’alcool, que ce soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens financiers ou parce qu’elles n’y avaient pas pensé préalablement (p.ex. les jeunes)

Pas de vente d’alcool aux jeunes et aux personnes déjà alcoolisées

Fixer et élever l’âge minimum d’achat et de consommation d’alcool est l’une des méthodes les plus efficaces pour diminuer la consommation d’alcool des jeunes. Il est cependant très important que l’application de ces prescriptions soit strictement contrôlée. Alors que les Etats-Unis connaissent un âge minimum de consommation, la plupart des pays européens ne disposent que d’interdictions de vente ou de remise d’alcool aux jeunes, ce qui signifie que la consommation par les mineurs n’y est pas répréhensible. Dans de nombreux pays, la vente d’alcool aux personnes ivres est également interdite.

Accès variable en fonction de la teneur en alcool

Dans de nombreux pays, l’accès aux spiritueux est limité, les boissons à forte teneur en alcool n’étant vendues que dans des lieux bien particuliers. A bien des endroits, ils sont plus fortement imposés que les boissons ayant une teneur moindre en alcool. Les boissons à plus faible teneur en alcool (bière et vin) sont par contre traitées plus favorablement en étant moins fortement taxées. A bien des égards, cette stratégie semble effectivement être à même de réduire la consommation globale d’alcool, le nombre des états d’ébriété et les dommages qui en résultent.

Efficace et bon marché, mais difficilement applicable

Les mesures destinées à limiter l’accessibilité de l’alcool sont relativement peu coûteuses tout en étant d’une utilité évidente. Il faut néanmoins s’attendre, lorsque ces mesures rencontrent trop d’opposition, à ce que leur application et leur contrôle entraînent des coûts accrus. Et une accessibilité par trop restreinte de l’alcool peut avoir pour conséquence une augmentation indésirable d’activités commerciales parallèles (production privée, marché noir, importations illégales).

Réduction des dommages sur le lieu de la consommation

L’alcool est fréquemment consommé en public, notamment dans des restaurants et des bars. Ce contexte, soit le lieu de la consommation, peut être influencé de manière ciblée. Il ne s’agit pas, alors, d’empêcher fondamentalement toute consommation d’alcool mais plutôt de réduire autant que possible les dommages potentiellement dus à cette consommation d’alcool. Il est possible de recourir à divers types d’interventions à cet effet, que ce soit par une formation ciblée du personnel de service ou par l’intégration des principaux acteurs au niveau communal

Formation et responsabilité du personnel de service

Le personnel de service joue un rôle important dans la vente d’alcool. Grâce à une formation spécifique, le personnel amené à servir de l’alcool peut acquérir des connaissances et des compétences applicables dans son travail. De telles formations peuvent mener à une consommation moindre d’alcool de la part de leurs clients qui présenteront, par conséquent, de plus faibles taux d’alcool. Dans les pays où le tenancier et son personnel peuvent être rendus responsables des dommages causés par des clients ivres, on a observé un recul des blessures dues à des accidents nocturnes de la route.

Prévention de la violence

Des programmes particuliers de formation ont été élaborés sur la manière de se comporter face à des clients agressifs. Une étude sur un projet australien montre que les formations de ce type ont entraîné des changements positifs au sein du personnel de service et de la direction des établissements concernés. Le personnel se montra globalement plus aimable avec la clientèle qu’avant la formation mais aussi moins passif en cas de mauvais comportement. Deux ans après la fin du programme, ces changements positifs n’étaient cependant plus perceptibles. Le succès de tels projets n’est donc garanti durablement que si ces formations se répètent et sont développées.

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