Prévention de l’Alcoolisme : Actions axées sur le Produit et sur les Individus

La prévention primaire comprend l’ensemble des actions ayant pour but d’empêcher et de retarder les alcoolisations, ou encore visant à éviter l’apparition d’une consommation problématique.

Elle s’adresse à un public jeune, qui n’a pas encore fait l’expérience de l’alcool, ou du moins de son mésusage.

C’est la méthode de prévention la plus répandue en France.

Les principales actions associées à cette prévention pourront être classées en deux catégories : celles axées sur le produit d’une part, et celles axées sur les individus d’autre part.

A. Actions de prévention axées sur le produit

Il s’agit de l’ensemble des actions et des programmes ayant pour objectif de limiter l’accès à l’alcool, ainsi que la promotion de ce dernier.

Elles s’appuient essentiellement sur des mesures législatives et économiques.

a. Actions visant à limiter l’accès à l’alcool

 

1) Accessibilité économique

Il s’agit par le biais de mesures fiscales d’arriver à une augmentation du prix de l’alcool, permettant de le rendre moins abordable pour les jeunes. Il a en effet été démontré qu’une augmentation tarifaire des boissons alcoolisées est associée à une réduction de la consommation excessive. En France, les boissons alcoolisées sont ainsi soumises à diverses taxes qui dépendent de la nature et du degré de l’alcool.

2) Accessibilité physique et légale

La vente et la consommation d’alcool sont strictement encadrées par la législation française. Comme nous l’avons déjà évoqué au sein de la première partie, les établissements proposant une consommation d’alcool sur place ou à emporter sont réglementés par le biais de licences. Cela permet entre autres de contrôler leur nombre grâce à la mise en place de quotas, ainsi que leur implantation géographique. Il est en effet interdit d’ouvrir un débit de boissons dans certaines zones dites protégées, comme par exemple aux abords des écoles.

De plus, afin de mieux protéger les jeunes, la loi HPST du 21 juillet 2009 interdit la vente et l’offre d’alcool à tous les mineurs quelque soit le lieu et le type de boissons. En cas de doute sur l’âge de l’acheteur, le vendeur est en droit de refuser la vente pour motif légitime (article L. 122-1 du code de la consommation). Le client devra alors prouver qu’il est majeur.

Enfin, pour réduire les consommations excessives et leurs méfaits, cette loi met aussi fin aux openbars, et encadre les « happy hours » en obligeant les établissements à proposer systématiquement des boissons sans alcool aux mêmes conditions tarifaires.

b. Actions visant à limiter la promotion de l’alcool

La publicité pour l’alcool contribue largement à banaliser et à inciter les consommations, notamment en véhiculant une image favorable des boissons alcoolisées. Le jeune public, particulièrement réceptif à ces messages promotionnels, constitue souvent la première cible des publicitaires.

Il a d’ailleurs été démontré que les campagnes promotionnelles et autres outils marketing, impactent l’initiation des consommations, et entraînent une augmentation de l’usage chez les jeunes qui boivent déjà. Au vu de ces données, il parait donc particulièrement important d’encadrer ces pratiques.

En France l’article L.3323-2 du code de la santé publique encadre strictement ces pratiques quant aux supports autorisés.

La publicité est ainsi tolérée :

-dans la presse écrite, à l’exception de celle destinée à la jeunesse,
-à la radio dans certaines tranches horaires (le mercredi entre minuit et 7 heures, et les autres jours entre minuit et 17 heures),
-sous forme d’affiches et d’enseignes,
-sous forme d’envoi de messages, de catalogues et de brochures à visée commerciale,
-sous forme d’inscription sur les véhicules de livraison de boissons,
-en faveur et à l’intérieur des fêtes et foires traditionnelles consacrées à des boissons alcooliques locales,
-en faveur des musées, des universités, des confréries ou des stages d’initiation œnologique, ou encore en faveur des présentations et des dégustations,
-sous forme d’objets strictement réservés à la consommation de boissons,
-sur internet à l’exclusion des sites destinés à la jeunesse et des sites édités par des associations, des sociétés ou des fédérations sportives, et « sous réserve que la propagande ou la publicité ne soit ni intrusive, ni interstitielle. » Cette dernière phrase exclut les spams, ainsi que les banderoles ou bannières de type « pop-up » qui surgissent à l’écran sans demande particulière de l’utilisateur.

Enfin, cet article interdit aussi toutes opérations de parrainage (par exemple lors de manifestations sportives ou d’événements festifs : concerts, soirées étudiantes, etc.).

Le contenu du message publicitaire doit rester le plus objectif possible. Il est encadré par l’article L.3323-4 du code de la santé publique, qui autorise uniquement des renseignements neutres concernant la composition, la fabrication ou encore l’origine du produit. Certaines informations sur le mode de consommation, la couleur, le goût ou encore l’arôme de la boisson peuvent aussi apparaître au sein des publicités. Toute mise en scène pouvant inciter à l’usage, en associant par exemple l’alcool à la réussite sociale, sexuelle ou encore professionnelle, est par contre interdite par la loi.

Enfin, toute publicité doit être accompagnée du message préventif suivant : « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé ».

B. Actions de prévention axées sur les individus

Il s’agit des actions de prévention s’adressant aux adolescents et aux personnes qui les entourent. Elles ont pour objectif de réduire la demande en termes d’alcool. Elles peuvent se présenter sous différentes formes : campagnes d’informations médiatiques, interventions en milieu scolaire, flyers, sites internet, etc.

a. Informer et développer les compétences psychosociales des adolescents

La prévention la plus efficace auprès des jeunes consiste à les informer sur le produit, tout en développant leurs compétences psychosociales.

Selon l’OMS «les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement.».

Le développement de ces compétences passe par des interventions interactives (exercices pratiques, jeux de rôle, etc.) apprenant aux adolescents à résoudre des problèmes, à prendre des décisions, à avoir une pensée critique, à gérer leur stress et leurs émotions, à communiquer, à renforcer l’estime d’eux-mêmes, à améliorer la qualité de leurs relations avec les autres, ou encore à augmenter leur capacité à demander de l’aide. Toutes ces facultés vont permettre à l’adolescent de se sentir bien et d’adopter à chaque situation un comportement adapté, leur permettant de faire face efficacement aux différentes pressions et problèmes de la vie. Elles permettent ainsi de prévenir les alcoolisations et les mésusages d’alcool, en donnant aux jeunes les outils nécessaires pour refuser l’offre de boissons alcoolisées, notamment lorsque la situation ne s’y prête pas ou plus.

b. Sensibiliser, informer et accompagner les parents

Les parents ont un rôle très important à jouer dans le rapport que va entretenir l’adolescent avec l’alcool. En effet, la qualité des relations qu’ils établissent avec leur enfant, le climat intrafamilial, ou encore le contrôle qu’ils exercent sur leur progéniture, sont autant de facteurs qui vont influencer les consommations adolescentes. Par exemple, communiquer avec son enfant, prendre au moins un repas par jour en famille, exercer des activités communes, ou encore superviser ses activités extrascolaires sont ainsi reconnus comme étant des éléments protecteurs.

On comprend donc l’importance à la fois d’informer les parents sur ces problèmes d’alcoolisation, mais aussi de les sensibiliser au rôle clé qu’ils peuvent occuper dans la prévention de ces derniers.

En termes de compétences parentales, les programmes visant à renforcer la capacité à établir des limites et à gérer les conflits, à consolider la relation « parent-enfant », ou encore à améliorer le dialogue intrafamilial ont montré des résultats positifs.

Cette prévention pourra aussi s’articuler autour de la mise à disposition d’informations et de recommandations, concernant les conduites à tenir face aux problématiques posées par les consommations adolescentes : « Quand et comment parler d’alcool avec ses enfants? », « Doit-on interdire tout usage d’alcool ? », « Dois-je l’autoriser à aller à une fête où il y aura de l’alcool ? », etc.

Tout d’abord ces conseils mettront en avant l’importance d’instaurer des limites et des règles en termes de consommation. Cet encadrement devra être adapté au contexte et à l’âge de l’enfant. En effet, s’il est plutôt facile d’interdire toute consommation à un jeune adolescent, il devient difficile de maintenir cet objectif lorsque ce dernier grandit, et commence à sortir avec ses amis.

Quand la question de la consommation d’alcool commence ainsi à se poser, on recommandera alors d’ouvrir le dialogue avec son enfant, et de lui fixer des règles claires. Il sera aussi important de le mettre en garde vis-à-vis de certains pièges liés à la prise d’alcool : se méfier des boissons très sucrées, des verres trop grands, des effets de groupe, d’une consommation trop rapide et trop importante, etc.

Enfin, on pourra leur recommander de prêter attention à leur propre rapport à l’alcool, les enfants prenant généralement exemple sur leur entourage proche.

Pour conclure, on pourra souligner que cette prévention primaire ne se limite pas uniquement aux notions abordées ci-dessus, mais peut s’organiser à travers de multiples actions, impliquant l’ensemble des personnes en contact avec les adolescents.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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