L’alcool est-il un antidépresseur ou crée-t-il des dépressions ?

L’alcool est-il un antidépresseur ou crée-t-il des dépressions ? Cette question revient très souvent ? Qui de la poule ou de l’oeuf est arrivée en premier ?

Pour tenter de répondre à cette question, prenons le cas de Lucien qui a entrepris trois psychothérapies pour traiter sa dépression.


Lucien a successivement rencontré un psychanalyste, un psychologue comportementaliste et un psychiatre.

Il a également reçu de nombreux traitements antidépresseurs. Il peut en égrainer la liste. Il connaît parfaitement les dosages de ses traitements, leurs effets et aussi leurs effets indésirables.

Il explique à tous les psychiatres et psychothérapeutes qui le reçoivent qu’il est « obligé » de continuer à boire pour traiter sa dépression.

Il ne se résoudra à entreprendre un sevrage d’alcool que quand son moral sera meilleur. Objectivement, Lucien trouve que l’alcool agit de manière positive sur son humeur. 

Dans les moments où il est le plus découragé et le plus morose, un verre d’alcool le rend euphorique pendant quelques instants.

Quand il augmente les doses, il se sent « anesthésié » psychologiquement et il finit par s’endormir. L’alcool lui fait oublier ses soucis. 

 

L’alcoologue que vient de rencontrer Lucien lui a proposé d’« inverser la causalité ». Il lui a expliqué que l’alcool était, contrairement à ce qu’il pensait, la cause de sa dépression. Certes, un verre de bière ou un verre de Cognac l’apaise pendant quelques instants, mais la consommation prolongée d’alcool est un facteur connu de dépression.

Lucien s’est retourné vers son passé. Il a fini par accepter l’idée selon laquelle l’alcool était plutôt pour lui un facteur de dépression qu’un traitement de sa dépression. Il a accepté le pari de son alcoologue qui consistait à lui proposer d’arrêter l’alcool pendant trois mois et de s’apercevoir des effets bénéfiques de ce sevrage sur son humeur.

Effectivement, après trois mois d’arrêt d’alcool, Lucien a retrouvé une envie de travailler. Il a pu recommencer à se présenter dans les différents cabarets dans lesquels il n’osait plus rentrer.

Lucien en effet est magicien. Quand il buvait, il ne pouvait plus faire de tours de cartes et il était trop déprimé pour avoir le courage d’essuyer les refus des différents producteurs et propriétaires de cabarets auxquels il se présentait.

Depuis quelques temps, Lucien réduit ses traitements antidépresseurs. Il se concentre sur la principale cause de sa dépression : la consommation d’alcool.

Eléments de réponse

• Les buveurs « sociaux » ou normaux font l’expérience d’un effet euphorisant de l’alcool.

Au bout de quelques verres, ils se sentent désinhibés, ils rient facilement. Ils racontent en fin de repas des histoires qu’ils n’auraient pas osé raconter en début de repas. Dès que la consommation d’alcool devient régulière, l’effet sur l’humeur s’inverse. L’alcool est alors un agent dépressogène. Il crée, de manière quasi expérimentale, des dépressions graves.

• Le fait de boire de l’alcool augmente de 40 % le risque d’être déprimé.

L’alcoolisation augmente aussi les idées de suicide, les tentatives de suicide, les crises d’angoisse et l’insomnie. La plupart de ces symptômes psychologiques ou psychiatriques disparaissent après 2 à 4 semaines d’arrêt de l’alcool.

• Les autres troubles fréquemment associés à la consommation d’alcool sont la toxicomanie, surtout chez les personnes ayant commencé à consommer de l’alcool très tôt et ayant une personnalité de type antisocial.

80 % des dépendants de l’alcool fument régulièrement. Il existe probablement des déterminants biologiques et génétiques communs à la dépendance à l’alcool et au tabac.

• Les travaux sur la biologie du cerveau confirment l’effet biphasique de l’alcool sur l’humeur.

A faibles doses et si l’on boit modérément, l’alcool augmente la sérotonine et indirectement le niveau d’euphorie. Dès que la consommation d’alcool devient régulière, elle provoque une baisse du taux de sérotonine cérébrale et indirectement une dépression.

• La plupart des personnes en difficulté avec l’alcool continuent pourtant à présenter leur consommation comme une « automédication » imposée par la dépression.

Ils reculent le moment où ils vont devoir s’arrêter de boire, persuadés qu’ils ont le devoir d’abord améliorer leur humeur. L’expérience clinique montre exactement l’inverse. Le sevrage est le traitement le plus efficace sur la dépression chez l’alcoolique.

• Quelques difficultés avec l’alcool, malgré tout, sont provoquées par la dépression.

Il s’agit plus souvent de consommation d’alcool survenant chez des femmes dans des situations de deuil, d’isolement et de repli. Les différentes conférences de consensus dans le domaine incitent à ne pas donner d’antidépresseurs aux personnes qui s’alcoolisent et à commencer par un traitement de la dépendance à l’alcool.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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