Quand le malade alcoolique minimise sa consommation devant un médecin

Le patient alcoolique minimise ou nie l’existence d’une consommation d’alcool excessive à son médecin. Cette caractéristique clinique s’explique par le déni qui est une construction partiellement inconsciente qui vise à gérer l’angoisse générée par la prise de conscience d’un problème difficilement acceptable, par la perspective d’un sevrage et par le changement radical de mode de vie qu’implique l’abstinence totale.

Le médecin, dont le rôle est de motiver le patient à se soigner, peut aider le patient par la prise en compte et la gestion du déni. 

Le patient alcoolique se présente très rarement à la consultation du médecin traitant avec une demande de sevrage bien formulée et motivée («je n’ai pas de problèmes d’alcool… »).

Le chemin à parcourir avant une telle demande peut parfois être très long. Les demandes de consultation des patients alcooliques sont souvent d’ordre somatique, psychologique ou familial.

Il revient au médecin de dépister l’alcoolisme et d’en envisager le traitement.

Ce projet de traitement ne rencontrera que très rarement l’attente du patient qui ne reconnaîtra souvent pas une étiologie alcoolique à ses maux.

Le patient qui va désirer un traitement symptomatique de ses plaintes, paraîtra hermétique à l’abord du problème d’alcool en lui-même.

De façon tout aussi déroutante, le médecin est sollicité par des demandes pressantes émanant de l’entourage (exaspéré ou en souffrance) (« ne lui dites pas que je vous ai téléphoné mais… »), difficilement utilisables pour le traitement.

 

Le paradoxe résultant de l’absence de demande du patient face à une évidente pathologie en est renforcé.

Le décor est ainsi planté d’une relation médecin/patient où le patient alcoolique dénie sa consommation excessive d’alcool et où le médecin pourra passer d’un état d’irritation à une sensation d’impuissance, jusqu’à une envie d’abandonner toute tentative d’aide au patient.

LA NATURE DU DÉNI

Le déni, pris dans son sens psychanalytique, est un mode de défense consistant en un refus par le sujet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante.

Une défense est une opération psychique dont la finalité est de maintenir l’intégrité du moi, et en particulier de réduire l’angoisse.

Le déni porte sur la perception de la réalité influençant donc la vie émotionnelle. Par exemple, l’alcoolique peut dénier l’existence et la gravité de son problème et donc ne ressentir aucune inquiétude, qui, pourtant, serait nécessaire à sa mobilisation vers un changement.

Plusieurs niveaux de déni existent: le déni de l’existence d’un problème («je bois comme tout le monde»), de la relation entre les problèmes et l’alcool («j’ai été licencié pour restructuration, mais ce n’est pas l’alcool»), de la sévérité du problème («ma femme exagère toujours»), de l’existence de solutions («qu’est-ce que vous voulez que je fasse»), de la capacité du patient à mettre en œuvre ces solutions («j’ai déjà fait deux cures sans résultats»).

Le déni est à différencier de la dissimulation ou du mensonge, parfois aussi présent, par le fait de son caractère inconscient et son rôle dans l’équilibre psychique.

Concernant l’alcoolique, le déni peut être compris comme une protection contre l’angoisse liée à la prise de conscience de la réalité d’un diagnostic difficile (honteux) et de ses graves conséquences personnelles et sociales, ainsi que par la perspective probable de la nécessité de l’arrêt «à vie» de toute consommation d’alcool (perte).

Le patient alcoolique s’est créé, sur une période de dix à vingt ans, tout un mode de vie autour de la consommation d’alcool.

Cela représente des modifications tant au niveau de son vécu que de sa vie relationnelle, ses habitudes, son intégration sociale, son image. L’arrêt de la consommation va donc bien souvent provoquer un déséquilibre nécessitant une réadaptation pouvant être relativement difficile et longue.

Dès lors, toute tentative de traitement, surtout s’il est trop rapide ou trop radical va susciter des résistances au changement de la part du patient.

Ces résistances se manifestent notamment par du déni (je n’ai pas de problème), mais aussi de la passivité, de l’hostilité, des réponses à côté, des digressions et autres processus qui visent à éviter le changement.

Enfin, le déni n’est pas quelque chose que le patient fait pour nuire au médecin (manipulation), mais est un processus intra-psychique inconscient visant la gestion de son angoisse.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *