Alcoolisme : Quelques chiffres sur la mortalité

La mortalité due à la consommation d’alcool est difficile à évaluer dans la mesure où l’alcool intervient comme cause — déterminante ou associée — de décès inscrits sous différentes rubriques dans les statistiques.


La mortalité selon les estimations tenant compte des causes médicales de décès et des morts violentes Pour les décès attribuables à une consommation excessive d’alcool, certaines estimations tiennent compte à la fois des décès par mort violente (accidents, homicides, suicides) et des décès ayant des causes médicales (y compris certaines maladies récemment corrélées à la consommation d’alcool).

Selon Catherine Hill, de l’institut Gustave-Roussy, « le nombre de décès attribuables à l’alcool serait en 1995 de 45000 (38 000 chez l’homme et 7 000 chez la femme).

La fraction des décès attribuable à l’alcool atteint 27 % entre 45 et 65 ans chez les hommes et 9% chez les femmes.

Parmi ces 45 000 décès, l’alcool est responsable de 16 000 décès par cancer, soit un décès par cancer sur 9 (un décès masculin sur 7 et un décès féminin sur 33). Dans la population de 45 à 64 ans, plus d’un décès par cancer sur 4 est attribuable à l’alcool chez les hommes et plus d’un décès sur 10 chez les femmes ».

La mortalité selon les estimations tenant compte des principales causes médicales de décès

Si l’on considère la mortalité directement due à l’alcool, on dénombrait en 1997, d’après les statistiques de l’Inserm, 22 611 décès, dont 2 302 par psychose alcoolique, 8 864 par cirrhose et 11 445 par cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS), causés le plus souvent par une consommation conjointe d’alcool et de tabac.

Ces pathologies sont responsables de 4,3 % de l’ensemble des décès : 6,6 % des décès masculins et 1,8 % des décès féminins.

 

Le taux de mortalité lié à l’imprégnation éthylique chronique s’élevait en 1997 à 45,2 pour 100 000 habitants (79,3 pour 100 000 chez les hommes et 17 pour 100 000 chez les femmes).

La mortalité masculine liée à l’imprégnation éthylique chronique augmente avec l’âge jusqu’à 65-74 ans, tranche d’âge où le taux atteint sa valeur maximale de 219,3 décès pour 100 000 habitants.

Chez les femmes, le taux maximal est enregistré entre 65 et 85 ans.

À partir de 25 ans, la surmortalité masculine liée à l’alcool est 2 à 5 fois supérieure à celle des femmes. L’écart entre les hommes et les femmes se creuse avec l’âge pour atteindre un maximum entre 65 et 75 ans.

La mortalité selon les catégories socioprofessionnelles

Comme dans la plupart des autres pays européens, il existe en France des disparités importantes de mortalité en fonction des différentes catégories socioprofessionnelles.

Le rapport La santé en France, 1994-1998 souligne que le risque de décès liés à l’alcoolisme (en ce qui concerne les cirrhoses et les cancers VADS) est 10 fois plus élevé chez les hommes ouvriers-employés que chez les cadres supérieurs.

La mortalité selon les régions

De même, on constate des disparités régionales dans la mortalité liée à la consommation d’alcool. Comme le notait le rapport de la Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé (Fnors), il existe une France coupée en deux : la moitié nord est beaucoup plus frappée par les maladies liées à la consommation excessive d’alcool que la moitié sud. Le Nord-Pas-de-Calais est la région qui a les indicateurs les plus élevés, tant pour la population masculine que féminine.

L’évolution de la mortalité

Si les taux de mortalité par alcoolisme (psychose alcoolique et cirrhose), tant pour les hommes que pour les femmes, ont chuté de près de 40 % en quinze ans, il convient de noter, comme le fait le Haut Comité de la santé publique, que depuis 1992 cette baisse a subi un fort ralentissement.

Concernant les cancers VADS, on constate leur diminution chez les hommes, mais leur stabilité chez les femmes.

En population générale

Le nombre de malades alcoolodépendants en France ne peut être déterminé que très approximativement. Les données disponibles comprennent les statistiques hospitalières de morbidité par accidents (circulation, travail, mais aussi accidents domestiques) et certaines enquêtes auprès de médecins.

On estime à 5 millions le nombre de personnes que l’usage excessif d’alcool expose à des difficultés d’ordre médical, psychologique et social, et entre 2 et 3 millions de personnes le nombre de sujets dépendants de l’alcool.

– 10 à 20% des accidents du travail seraient liés à une consommation excessive d’alcool. À ces  accidents et à leurs séquelles, il faut ajouter le poids de l’absentéisme, de la relative inefficacité du salarié alcoodépendant (ou buveur excessif) et de son impossibilité à occuper des postes mettant en jeu la sécurité.

29,5% des hommes et 11% des femmes de la clientèle des médecins généralistes seraient des buveurs excessifs.

Dans les hôpitaux, 13% des patients hospitalisés seraient alcoolodépendants : 3 % sont directement hospitalisés pour ce motif (plus des trois quarts sont des hommes) ; chez 10 % de ces patients, l’alcool est un facteur de risque (cette proportion est maximale chez les hommes de 40 à 64 ans).

– En 1998, la file active de consultants des structures spécialisées — désormais dénommées Centres de cure ambulatoire en alcoologie — est estimée à plus de 100 000 consultants, dont 42,2 % de « nouveaux consultants buveurs ».

À côté des conséquences sanitaires de l’alcool, on peut également évoquer les conséquences sociales liées à son abus : 50 % des rixes, 50 à 60 % des actes de criminalité, 5 à 25 % des suicides, 20 % des délits seraient commis  sous l’emprise de l’alcool.

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