Comment expliquer la perte de contrôle face à l’alcool ?

Comment expliquer la perte de contrôle face à l’alcool ? Analysons le cas de Bernard,  sevré complètement de l’alcool depuis maintenant deux ans.

Il a été hospitalisé pendant quelques jours pour arrêter plus facilement l’alcool.

Il a ensuite séjourné pendant trois mois dans un centre de post-cure.

Il a ainsi pu repérer en lui les principaux signes d’une dépendance à l’alcool et en particulier :

– une tendance à boire plus que prévu,
– une poursuite de l’alcoolisation en dépit de ses conséquences négatives,
– un déni des conséquences de ses alcoolisations.

Les alcoologues et addictologues qui l’ont pris en charge lui ont conseillé un arrêt complet de l’alcool. Autrement dit, une abstinence totale.

Ils justifiaient ces arrêts complets par le fait que la dépendance, même après une longue période de sevrage, continue à se manifester par une tendance à la perte de contrôle.

Bernard avait bien connu cette perte de contrôle quand il était en difficulté avec l’alcool. Dès qu’il commençait à boire un verre, il ne pouvait plus s’arrêter.

 

Il était obligé de finir la bouteille ou d’aller jusqu’à l’ivresse. Il avait l’impression que toute prise d’alcool levait chez lui des barrières comportementales et lui faisait perdre sa maîtrise.

Il regrettait de ne pouvoir, comme bien de ses amis, prendre un ou deux verres et s’arrêter.

Depuis qu’il a terminé avec succès son sevrage, Bernard reste vigilant face à toute prise d’alcool. Il sait que la perte de contrôle est un trait de son caractère dont il ne peut facilement venir à bout.

Eléments de réponse :

La plupart des anciens dépendants conservent une perte de contrôle qui les empêche de profiter normalement de l’alcool et d’avoir une consommation socialement intégrée.

L’objectif des traitements addictologiques est l’arrêt complet de l’alcool. Il est souvent plus difficile d’essayer de réduire sa consommation que de l’interrompre complètement.

Certains travaux suggèrent que 20 % des anciens dépendants arrivent à boire
modérément. Les dernières études dans le domaine, selon Marc Schuckit, sont plus pessimistes. Elles ne retrouvent que 10 % d’anciens dépendants capables de consommer d’une manière socialement intégrée.

• Aviel Goodman, qui travaille à l’institut de psychiatrie du Minnesota, fait de la perte de contrôle l’une des caractéristiques de l’addiction.

Elle ne correspond pas à un manque de volonté. Elle n’est pas un signe de « faiblesse » psychologique.

Elle est la principale cause ou conséquence de l’addiction. Cette caractéristique se retrouve chez presque toutes les personnes en difficulté avec l’alcool.

Elle se retrouve aussi dans toutes les autres formes de dépendance. Les tabagiques le savent bien. Quand ils commencent à fumer, ils ne peuvent s’arrêter.

On retrouve aussi une perte de contrôle chez les consommateurs de drogues illicites comme les opiacés, la cocaïne ou le cannabis.

On décrit aujourd’hui des dépendances à des comportements et en particulier le jeu pathologique qui consiste à jouer de manière répétée et excessive de l’argent.

Là encore, existe une perte de contrôle, empêchant le joueur pathologique de sortir du casino avant d’avoir joué trop. Pour Aviel Goodman, l’autre caractéristique de la dépendance, avec la perte de contrôle, est la poursuite d’un comportement dangereux en dépit de ses conséquences négatives.

• Il existe des modifications de la biologie du cerveau pouvant expliquer en partie cette perte de contrôle.

Certains mécanismes d’inhibition du comportement sont probablement perturbés chez les dépendants.

On retrouve aussi une incapacité à résister aux substances qui rassurent, font plaisir et sont dites gratifiantes. Les molécules les plus impliquées dans le déterminisme biologique de la dépendance et de la perte de contrôle sont la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline.

Il n’existe cependant pas de dosage biologique permettant de faire la différence entre une personne souffrant ou non d’une perte de contrôle. La plupart des médicaments prescrits à long terme en tant qu’aide au maintien de l’abstinence agissent sur cette tendance à la perte de contrôle.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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