ELSA : Equipe de Liaison et de Soins en Alcoologie

i les complications somatiques et/ou psychiques des conduites addictives sont en général bien prises en charge, la prise en compte des conduites addictives elles-mêmes des patients vus aux services des urgences ou hospitalisés est loin d’être généralisée.


Dans un contexte de réduction de nombre de lits et de limitation des durées moyennes de séjour, l’intervention rapide et précoce de l’équipe de liaison auprès des patients hospitalisés permet de bâtir un projet thérapeutique et favorise l’organisation des soins à la sortie.

Cependant, on constate trop souvent encore le recours tardif à l’équipe de liaison (la veille ou le matin même du départ), rendant ainsi plus difficile la prise en charge du problème addictif durant l’hospitalisation et la préparation à la sortie.

Les équipes non spécialisées présentent souvent une insuffisance de connaissances et de formation concernant la prise en charge des conduites addictives et notamment une méconnaissance des succès observés dans la prise en charge de certains patients.

On peut également noter l’occupation fréquente par des patients présentant d’autres pathologies, jugées plus vitales, des lits « réservés » à l’addictologie dans les services non spécialisés mais à « orientation » addictologique.

La qualité de la réponse de l’équipe hospitalière de liaison en addictologie à la demande de soins dépend en grande partie de la qualité de ses relations avec ses partenaires. Elle repose sur la notion de transversalité du fonctionnement de l’équipe au sein de l’hôpital et avec le dispositif extra hospitalier d’une part, et d’autre part, sur la transversalité de discipline.

En raison des nécessités cliniques et des indispensables relations interprofessionnelles avec les membres des autres équipes intra et extra hospitalières, la multidisciplinarité est un élément majeur pour garantir l’implantation efficace et le fonctionnement d’une équipe de liaison.

Transversalité de l’équipe de liaison en addictologie au sein de l’hôpital

 

Les équipes de liaison en addictologie s’inscrivent dans une démarche transversale initiée dans les hôpitaux depuis plusieurs années concernant plusieurs autres domaines : la douleur, les soins palliatifs et la fin de vie, la psychiatrie, parfois l’accès aux soins dans le cadre de la précarité.

Cette démarche a pour objectif de faciliter l’accès à des soins spécifiques à des patients hospitalisés pour des motifs divers (médicaux, chirurgicaux, obstétriques et psychiatriques) dans des services n’ayant pas développé cette compétence transversale. Ces équipes, au delà d’une consultation spécialisée, proposent une prise en charge multidisciplinaire en liaison avec le service référent dans lequel le patient est soigné.

Elles sont complémentaires des équipes en charge des soins, les soutiennent, les forment, et renforcent un travail thérapeutique qui nécessite un investissement de temps important.

Elles assurent la liaison extrahospitalière en orientant les patients vers les dispositifs de soins les mieux adaptés.

Le fonctionnement des équipes de liaison en addictologie répond aux principes suivants :

  • Elles interviennent auprès de chaque service clinique qui en fait la demande, au titre d’une expertise clinique avec une évaluation de la situation clinique en rapport avec un mésusage de substances psycho-actives et des propositions de protocoles de soins spécifiques adaptés au patient : traitement de substitution, sevrage, traitement antalgique, traitement symptomatique du manque.

 

  • La première intervention est réalisée rapidement auprès du patient et/ou de l’équipe hospitalière par l’un des membres de l’équipe de liaison, souvent l’infirmier(e) pour évaluer les besoins en matière de soins et de prise en charge psychosociale spécifique.

 

  • La mission de l’équipe se poursuit en cours d’hospitalisation par des prises en charge de différentes natures : bilan social, soutien psychologique, ajustement des traitements, orientation et préparation de la sortie d’hospitalisation.

 

  • Par ailleurs, l’équipe de liaison assure le soutien de l’équipe référente, participe aux réunions cliniques concernant le patient et assure la circulation de l’information par la transmission orale et écrite des informations concernant ce dernier.

Tous les services d’hospitalisation sont susceptibles de contacter l’équipe de liaison.

– Le service référent de la prise en charge médicale du patient demeure le service d’accueil qui décide donc du déroulement des soins et garde la  esponsabilité de la prescription.

– Le service des urgences, souvent confronté en première ligne à des patients en difficulté avec une substance psychoactive ou par leur conduite addictive, sollicite fréquemment l’équipe de liaison.

– Un rapprochement avec la psychiatrie d’urgence ou de liaison est conseillé.

– Lors de l’admission d’un patient par les urgences, la continuité des soins en addictologie sera assurée par l’équipe de liaison qui se déplacera dans le  service d’hospitalisation.

– Les services de consultation, y compris les consultations de précarité (ou la PASS), peuvent également faire appel à l’équipe de liaison pour favoriser l’adhésion à la prise en charge ambulatoire d’une pathologie somatique ou psychiatrique d’un patient ayant des conduites addictives : l’intervention de l’équipe de liaison se fera conjointement avec celle de ce service.

– L’existence au sein de l’établissement d’un hôpital de jour permet, en particulier lors de co-morbidités associées à l’addiction, de faciliter l’accès aux soins du patient.

Certaines hospitalisations nécessitent préalablement à l’admission des consultations externes avec l’équipe de liaison, en particulier lors d’une demande de sevrage sélectif ou total, lors d’une grossesse, lors d’une indication d’hospitalisation pour initier un traitement de substitution aux opiacés. Ces consultations font souvent suite à la demande de la médecine de ville ou d’un centre de soins spécialisés externe à l’hôpital qui assureront la continuité des soins à la sortie. Une articulation de l’équipe de liaison ces partenaires est indispensable.

De même, des consultations de post-hospitalisation sont fréquemment nécessaires lorsqu’aucun suivi préalable à l’hospitalisation n’existait ou en cas d’absence de couverture sociale et ce, dans l’attente d’une régularisation des droits et d’une orientation vers une structure ou un professionnel de ville. Bien qu’il ne soit pas dans les missions de l’équipe de liaison d’assurer des consultations externes de suivi, elle se doit de revoir en consultations ultérieures les patients qui le demandent expressément, en l’absence d’un relais existant en ville et en attendant d’en trouve un.

Outre ces missions de soins, l’équipe de liaison joue un rôle dans l’organisation de la prévention des conduites addictives et de leurs risques au sein de l’hôpital auprès des patients et des soignants en mettant à disposition de la documentation, en effectuant du conseil direct, en sensibilisant les équipes à la réduction des risques.

Transversalité de l’équipe de liaison avec l’extérieur de l’hôpital

Cette mission, encore insuffisamment développée par la communauté hospitalière, est essentielle pour assurer la continuité des soins, en privilégiant la proximité et la compétence.

Elle permet d’éviter les dysfonctionnements, compte tenu de la multiplicité des professionnels intra et extrahospitaliers, libéraux et institutionnels rencontrés par les patients. Elle développe des partenariats au sein des réseaux de santé pour faciliter l’orientation des patients avant une hospitalisation programmée, ou à leur sortie. Ces partenariats, si possible formalisés à travers des conventions, notamment avec les structures médico-sociales du dispositif spécialisé (CSST et CCAA) permettent également de mutualiser les moyens pour la formation du personnel hospitalier et de réaliser des formations conjointes entre intervenants externes et internes à l’hôpital.

Au maximum, l’équipe de liaison pourra être à l’origine et participer activement à un réseau d’addictologie formalisé sur un territoire donné dans les conditions prévues par la circulaire n° 2002-610 relative aux réseaux de santé.

La coordination des missions et des activités des différents partenaires en addictologie à formaliser par des conventions ou à promouvoir à travers le développement des réseaux devrait faire l’objet d’une inscription dans des schémas régionaux d’addictologie ou mieux, dans un volet  » Addictologie » des SROS, avec une déclinaison pour chaque territoire de santé

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