Pourquoi les dépendants semblent-ils se mentir à eux-mêmes ?

Prenons l’exemple de Charles pour mieux comprendre pourquoi les dépendants se mentent à eux-mêmes ?

Charles n’aime pas parler d’alcool. Il se présente comme un bon vivant qui fait quelques excès mais garde toujours le contrôle de lui-même.

Il oublie les périodes de sa vie où l’alcool l’a conduit aux urgences à cause d’un accident. Il entretient un flou sur le nombre de verres qu’il boit chaque jour.

Son épouse est particulièrement gênée par ses « mensonges par omission ». Il lui a fallu de longues explications pour accepter le fait que ce déni était un signe de dépendance et pas une tendance à la fuite de ses responsabilités.

Elle trouve aussi que la personnalité de Charles a changé depuis qu’il boit. Il passe de moments où rien ne l’intéresse à des accès de colère sans raison.

Il se montre jaloux et peu après dit à sa femme et ses enfants qu’il a envie de s’éloigner d’eux pour ne plus subir de reproches.

Il recherche tous les prétextes sociaux pour continuer à boire. Il a accepté la présidence de son club de tennis. Il espère devenir maire du village qu’il habite.

D’ici là, il conduit une campagne électorale très arrosée. Il partage, le plus souvent possible dans la journée, le verre de l’amitié. Il tient l’alcool comme un composant essentiel de sa réussite en politique. Il lui faudra un peu de temps et quelques mois de sevrage pour accepter l’importance de son déni.

 

Eléments de réponse

• Les classifications modernes de l’alcoolisme décrivent bien le déni comme un des symptômes de dépendance.

Le dépendant minimise ce qu’il boit et les conséquences de ses alcoolisations.

L’alcoologue français Pierre Fouquet avait proposé un autre terme rendant compte des effets de l’alcool sur le regard que l’on porte sur soi-même : l’apsychognosie.

Pour Pierre Fouquet, l’apsychognosie désigne un état psychopathologique spécifique résultant de l’action lytique de l’alcool sur le cerveau.

Cette organisation psychologique spéciale s’installe lentement à l’insu de l’individu qui ne peut s’en plaindre.

Elle est généralement assez discrète pour rester peu perceptible aux autres.

Elle demeure compatible avec une apparence de normalité.

Elle évolue lentement sur un mode mineur et pour tout dire infra-clinique.

L’état d’apsychognosie perturbe la relation de la personne en difficulté avec l’alcool avec lui-même et aussi sa relation à l’autre.

L’alcoolodépendant éprouve une véritable désincarnation. Son image du corps est perturbée. Sur le plan psychologique, il ressent un détachement régressif.

Sa vie psychique se morcelle et se désorganise. Il n’est plus capable de choix.

• Du fait de l’apsychognosie, des fantasmes reviennent.

Il s’agit de pulsions incontrôlables. Elles sont libérées par l’action de l’alcool. A l’arrêt de l’alcool, la personne dépendante dit avoir oublié les pulsions qui l’ont envahie.

• L’apsychognosie s’aggrave quand la quantité d’alcool augmente.

Elle s’aggrave aussi avec l’évolution de l’alcoolisme. Proche de l’apsychognosie se retrouve la notion d’alexithymie. Elle est issue de la psychiatrie américaine.

Elle a été décrite par Sifnéos et par Joyce Mac Dougall. Elle décrit l’incapacité d’une personne à nommer ses états affectifs ou à décrire sa vie émotionnelle.

L’alexithymique a une vie imaginaire peu développée. Il a tendance à recourir à l’action pour éviter ou résoudre les conflits. Il fait un discours détaillé des faits, des événements et des symptômes psychiques.

L’alexithymie traduit l’impuissance de la personne alcoolisée à faire face à ses émotions.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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