Prise en charge aux urgences d’un malade alcoolique

Les urgences constituent un lieu où les pathologies rencontrées doivent être rapidement diagnostiquées, traitées ou orientées.


Le patient admis pour des troubles du comportement risque d’être considéré seulement comme un élément perturbateur et non comme un sujet en difficulté avec un produit.

Les représentations de « l’alcoolique ou du toxicomane agressif » restent encore prégnantes dans l’esprit des soignants et l’accueil réservé à ce type de patient manque parfois d’empathie et peut être marqué d’un jugement moraliste négatif.

Toute la difficulté va être de pouvoir proposer une prise en charge à des sujets qui sont souvent dans le déni ou dans des demandes masquées et dont les conduites addictives peuvent alors passer inaperçues.

L’équipe soignante du service des urgences va devoir repérer les patients présentant des conduites d’usage à risque ou d’usage nocif ou de dépendance, et dans l’urgence, ou ses suites immédiates les mettre en contact avec l’équipe de liaison.

Deux situations peuvent être rencontrées :

– Soit le patient est admis aux urgences pour un épisode aigu en rapport évident avec la prise d’une substance psychoactive. Un avis spécialisé est alors demandé.

– Soit le patient est admis pour un épisode non initialement rattachable, avant investigations cliniques et paracliniques, à l’usage d’une substance psychoactive.

 

S’il ne présente pas de signes de dépendance, la prise de substances psychoactives risque de passer inaperçue.

La prise en compte de ces conduites addictives dépendra du temps que l’urgentiste et ses collaborateurs paramédicaux pourront y consacrer, de leur connaissance des méthodes et des outils de repérage et de l’intérêt qu’ils y portent.

Il apparaît indispensable de renforcer aux urgences le rôle des équipes de liaison à différents niveaux :

Dans la sensibilisation et la formation des équipes des urgences :

– à l’accueil et au dépistage des patients présentant des conduites addictives à type d’abus, d’usage nocif ou à risque de dépendance ;

– à l’évolution des consommations (ecstasy, médicaments et traitements de substitutions détournés…) et aux polyconsommations telles que l’association
cannabis, alcool chez les jeunes ;

– aux moyens thérapeutiques disponibles en particulier les traitements de substitution ;

– à la réduction des risques ;

– à la connaissance des dispositifs de soins.

– à l’identification des problèmes sociaux.

Le rôle de l’équipe de liaison est de mettre en œuvre ces fonctions spécifiques et d’inciter les soignants à y participer.

Dans la définition des modalités de repérage et l’élaboration avec l’équipe des urgences de protocoles de prise en charge dans diverses situations cliniques :

– Etat de manque  ;
– Intoxications médicamenteuses ou toxiques ;
– Troubles psychiatriques ;
– Sevrage ;
– Hospitalisation pour pathologie somatique ;
– Conduites à risque (jeunes et femmes enceintes…) etc…

Des protocoles simples de repérage doivent être élaborés conjointement avec l’équipe des urgences ainsi que des protocoles de prescription, se référant aux conférences de consensus et consultables facilement par les divers intervenants des urgences.

Les prescriptions proposées par l’équipe de liaison restent néanmoins sous la responsabilité du médecin urgentiste.

Dans l’organisation des liens entre les différents acteurs afin de faciliter les prises en charge dans le cadre des réseaux.

Toute personne accueillie dans une unité des urgences pour des problèmes liées à l’usage de substances psycho-actives, doit pouvoir bénéficier :

– d’une consultation spécialisée apportant au minimum une information orale et/ou écrite ;

– d’une proposition d’orientation ou d’organisation d’une prise en charge si nécessaire. Si cette personne est déjà prise en charge à l’extérieur de l’établissement, les règles déontologiques doivent être appliquées comme pour toute autre pathologie prise en charge en urgence: envoi d’un courrier au médecin traitant habituel- non détournement de clientèle…

– d’une hospitalisation de courte durée si l’entretien et l’évaluation clinique et psychosociale sont impossibles dans l’immédiat (par exemple en cas d’ivresse, de troubles cognitifs), afin d’évaluer la situation dès que l’état du patient le permettra.

Le passage régulier des équipes de liaison aux urgences est indispensable. Le travail de l’équipe de liaison en addictologie ne pourra se faire qu’en étroite collaboration avec l’équipe de liaison en psychiatrie et le médecin traitant extérieur à l’établissement.

Même si leur pronostic vital n’est pas engagé, les personnes admises aux urgences pour une situation médico-sociale grave (situation de détresse importante, situation de crise traduisant une décompensation de la conduite addictive, troubles d’ordre psychique tels troubles anxieux et/ ou dépressif, décompensations aiguës et menaces de passage à l’acte, ou troubles somatiques…) doivent pouvoir être gardées en hospitalisation de courte durée, suivie éventuellement par une orientation vers un service spécialisé.

Dans les établissements de santé comportant une activité addictologique, des lits doivent être disponibles pour accueillir ces « urgences addictologiques » sans pour autant gêner les séjours pour sevrages programmés.

Le médecin traitant sera dans toute la mesure du possible contacté et associé à la prise de décision. Sa connaissance du patient et de son entourage aidera à conforter la prise de décision d’hospitalisation et par la suite à organiser le retour à domicile.

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