Le sevrage à l’hôpital ou en ambulatoire : quelques chiffres

Le sevrage peut être défini comme l’arrêt brutal de la consommation d’une substance psychoactive qu’il soit accidentel, à l’initiative du sujet ou qu’il s’inscrive dans une perspective thérapeutique chez un sujet dépendant.


Le sevrage thérapeutique s’opère selon les cas en milieu hospitalier ou en ambulatoire et vise à limiter le malaise physique et psychique lié au syndrome de manque. Il ne constitue qu’une étape dans la prise en charge.

Le terme cure de sevrage ne semble pas pertinent dans la mesure où il entraîne une confusion entre la période courte du sevrage et le temps généralement plus long consacré à la période de réadaptation et de restauration de soi qui constitue aussi un temps de soins parfois intenses.

Le financement pour les personnes prises en charge pour sevrage en hospitalisation complète, est différent selon les produits consommés :

Pour les produits illicites, la prise en charge s’inscrit dans le cadre de la loi du 31/12/70 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie qui assure la gratuité des soins et le respect de l’anonymat.

Seuls les sevrages à une substance ou plante classée comme stupéfiant font  l’objet d’une prise en charge à 100% par l’assurance maladie, y compris le forfait journalier. Les hôpitaux bénéficient d’un financement forfaitaire dans le cadre de la dotation globale.

Pour les produits licites (alcool, médicaments..), le financement de ces sevrages est soumis au régime de droit commun.

En cas de polytoxicomanies : Une prise en charge à 100% ne peut être demandé que si le produit principal est considéré comme produit stupéfiant illicite.

 

Les données épidémiologiques varient également selon les substances :

En alcoologie il n’existe pas de chiffres précis ou exhaustifs sur le nombre de sevrages réalisés en France chaque année en milieu hospitalier. Les sevrages ambulatoires sont encore bien plus difficiles à comptabiliser.

On estime que les unités d’alcoologie hospitalières individualisées réalisent entre 13 000 et 16 000 sevrages annuels.

Les centres de cure et de post-cure reçoivent aux alentours de 8 000 patients par an et assurent un sevrage à cette population.

Mais ces chiffres sont bien en dessous de la réalité car il n’existe aucune procédure fiable de recensement ; de plus tous les sevrages réalisés chez des malades hospitalisés au décours du traitement d’autres pathologies ne sont pas pris en compte.

Les estimations de prévalence des problèmes liés à l’alcool en service MCO (18% des patients hospitalisés seraient en difficulté avec l’alcool, 6% des patients seraient admis pour une complication directe de leur alcoolisme) et en secteur psychiatrique (25% des patients), laissent penser que les statistiques disponibles ne comptabilisent qu’une part minime des sevrages effectivement réalisés.

En toxicomanie, aucun chiffre n’est disponible depuis 1999, année de la dernière enquête SESI du mois de novembre, qui permettait une évaluation du nombre de sevrages pour les toxicomanes en France réalisés par les hôpitaux et les centres de soins spécialisés. Le nouveau système recueil d’information qui entrera en vigueur en janvier 2004 et qui sera compatible avec le recueil de l’Union européenne fournira à partir de cette date des données sur les demandes de sevrage à travers  » la Fiche patient  » des équipes de liaison, des CCAA et CSST.

Les objectifs du sevrage

Le sevrage n’est qu’une étape dans la trajectoire du malade dépendant et dans sa prise en charge. Il existe nécessairement un avant, souvent préparé par un médecin généraliste et/ou une équipe de soins spécialisés en addictologie( CSST/CCAA), et un après, souvent assuré par l’intervenant ou l’équipe qui a préparé le projet de sevrage en amont.

Il s’agit à la fois d’un temps de bilan de la conduite addictive et de ses dommages induits éventuels et d’un temps de préparation à la rupture avec le toxique dans une perspective d’abstinence, ce qui requiert généralement une prise en charge ultérieure pour assurer ce maintien.

Le sevrage doit prendre en compte la prévention et le traitement des symptômes liés à l’arrêt du ou des produits et préparer la poursuite du projet de soins, de l’insertion sociale et du fonctionnement familial. Par conséquent, il doit comporter au minimum un triple bilan médical, psychologique et social.

Les indications des hospitalisations pour sevrage sont les suivantes

  • Echec de sevrages ambulatoires ;
  • Détérioration de l’état physique ;
  • Existence de troubles psychologiques ou psychiatriques majeurs ;
  • Nature des produits de dépendance ;
  • Contexte socio-familial défavorable ;
  • Demande formulée par le patient lui même;
  • Demande du médecin traitant en ville en liaison parfois avec les médecin du travail.

Les difficultés rencontrées

La réduction du nombre de lits d’hospitalisation, le manque d’intérêt pour les  pathologies addictives, l’encombrement chronique des urgences sont autant de facteurs qui concourent aux insuffisances de prise en charge, voire au rejet de patients en demande de sevrage dans les hôpitaux.

Ces facteurs s’ajoutent à d’autres émanant des patients eux mêmes tels la éconnaissance des risques liés à leur conduite, le déni de la sévérité de leur mésusage voire de leur dépendance, ces facteurs étant généralement ajorés par l’instauration de troubles cognitifs directement induits par la conduite addictive et son ancienneté.

Le développement assez récent des équipes hospitalières de liaison qui interviennent à la fois aux urgences et dans les unités de soin a permis une amélioration sensible de la situation.

Des difficultés persistent néanmoins et bon nombre de ces patients repartent avant même d’avoir eu un contact avec l’équipe de liaison (admission le week-end ou le soir avec sortie à quelques heures, ou encore « omission » d’appel à l’équipe de liaison par crainte d’alourdir la prise en charge si celle ci recommande une hospitalisation….).

Ainsi, même dans les cas les plus favorables où elle est sollicitée, l’équipe de liaison n’a pas toujours les moyens ni le pouvoir de faire appliquer les prises en charge qu’elle préconise.

Qu’en pensez vous ? envie d’en débattre ? n’hésitez pas à vous exprimer en laissant des commentaires ci-dessous.

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